2 LES
CHANTIERS PRIORITAIRES ET LES TÂCHES QUI S'Y RATTACHENT
2.1 REMETTRE
L'ÉCOLE SUR SES RAILS EN MATIÈRE D'ÉGALITÉ DES CHANCES
Il faut reconnaître que le Québec a
réussi un rattrapage important en matière d'accès à
l'éducation au cours des dernières décennies. Ainsi, alors
que tout juste la moitié (55,8 p. 100) des jeunes d'une génération
accédaient à la 5e secondaire en formation générale
en 1982-1983, douze ans plus tard, soit en 1994-1995, les trois quarts (74,5 p. 100)
y parvenaient. L'accès au collégial et à l'université
a aussi connu une remontée considérable3
. Par contre, comme d'autres4 l'ont mis en
évidence, la progression a été inégale d'un groupe
social à l'autre. En effet, si les femmes, les francophones et les adultes
ont gagné du terrain, on doit admettre que la situation des jeunes d'origine
sociale modeste n'a pas changé de façon notable. Nous ne sommes
pas prêts à renoncer à l'idéal de démocratisation
qui avait présidé à la réforme éducative
issue du rapport Parent. Au contraire, nous croyons qu'il faut s'attaquer avec
plus de vigueur à cet aspect inachevé de la réforme en
intensifiant les efforts en vue d'accroître l'accès du plus grand
nombre à l'éducation, en particulier des groupes défavorisés,
et plus encore, en vue de passer de l'accès au succès.
Comme nous l'avions souligné dans l'Exposé de la situation,
nous considérons que le fait de fixer des objectifs clairs à chaque
ordre d'enseignement en matière d'accès et de diplomation est
une avenue intéressante. Cela nous amène d'abord à nous
situer par rapport aux autres pays occidentaux qui ont agi de même. Cela
nous force à mieux circonscrire le phénomène, par exemple,
en repérant les groupes sociaux pour lesquels un rattrapage plus marqué
s'impose, ce qui conduit à la recherche des causes pouvant expliquer
les écarts. Cela comporte des obligations de résultats qui incitent
les partenaires de l'éducation, mais aussi les partenaires sociaux, à
trouver et à mettre en place les moyens d'atteindre les objectifs retenus.
L'objectif de diplomation de 85 p. 100 d'un groupe d'âge,
avant l'âge de 20 ans, pour le diplôme marquant la fin du secondaire
(diplôme d'études secondaires (DES) ou diplôme d'études
professionnelles (DEP)), de 60 p. 100 pour le diplôme d'études
collégiales (DEC) et de 30 p. 100 pour le baccalauréat
nous paraît réaliste. Pour souligner l'écart qui reste à
combler, rappelons que la probabilité d'obtenir un premier diplôme
d'études secondaires avant l'âge de 20 ans était, en
1993-1994, de 69 p. 100; en 1994, celle d'obtenir un premier DEC était
de 38 p. 100 et celle d'obtenir un premier baccalauréat, de
26,8 p. 1005 . Il va sans dire que
l'atteinte des objectifs fixés suppose que l'on intensifie les efforts
en vue de prévenir et de combattre l'analphabétisme.
Si les seuils que nous avons établis semblent assez facilement à
la portée des filles qui s'en approchent déjà, voire les
dépassent dans le cas du baccalauréat, il en va tout autrement
des garçons pour qui la côte est plus longue à remonter.
Rappelons qu'ils sont nettement plus touchés par le décrochage
scolaire - 38,6 p. 100 des garçons quittent l'école
secondaire sans diplôme comparativement à 27,1 p. 100
des filles - et qu'ils sont moins nombreux à accéder au collégial
et à l'université6 . S'il ne
saurait être question de freiner la progression des filles et en particulier
l'accroissement de leur représentation dans les secteurs traditionnellement
masculins, on ne saurait non plus laisser les garçons à eux-mêmes.
Des recherches s'imposent pour mieux cerner les facteurs en cause dans le
désintérêt marqué de nombreux garçons à
l'égard de l'école. Il faut également apporter les
correctifs appropriés, notamment en matière d'encadrement
et de méthodes pédagogiques, de façon à empêcher
que les garçons ne deviennent, chaque jour un peu plus, les exclus de
l'école, en prenant soin toutefois d'éviter toutes mesures
susceptibles d'avoir un effet défavorable sur les filles.
Pour atteindre les objectifs fixés, nous
devons renouer avec nos idéaux et nos pratiques démocratiques,
qui ont subi, en particulier depuis une dizaine d'années, une certaine
désaffection. Chez plus d'un, la préoccupation à l'égard
de l'égalité des chances a cédé le pas à
l'élitisme et ce, dès l'école primaire. Peu à peu,
presque imperceptiblement, la stratification des lieux scolaires s'est installée,
avec ses pratiques de sélection, créant sa minorité d'élus
et son contingent d'exclus. La fréquentation des écoles privées
a connu un essor marqué, en particulier au secondaire. En réaction
contre ce qu'il percevait comme la fuite de nombre de ses meilleurs éléments,
le réseau public a mis sur pied ses propres filières d'élite
- école internationale, école ou programme à vocation particulière,
classe pour élèves dits doués , avec des critères
de sélection qui tentaient de rivaliser avec ceux des établissements
privés les mieux cotés. Une frange importante d'élèves
- allant jusqu'au tiers de l'effectif du secondaire en milieu urbain7
, souvent parmi les plus favorisés sur les plans social et scolaire,
s'est ainsi détachée de l'école ordinaire. Le résultat
est alarmant: la classe ordinaire de l'école publique croule sous le
fardeau pédagogique que lui imposent nos choix sociaux en matière
d'éducation - fréquentation scolaire obligatoire, intégration
des élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation
ou d'apprentissage, francisation et accueil des élèves immigrants,
maintien des petites écoles de village ou de quartier - parce que les
obligations qui en découlent ne sont pas équitablement réparties.
Ainsi, seul le réseau public est tenu de recevoir tous les élèves
jusqu'à ce qu'ils aient atteint l'âge limite de l'obligation scolaire
fixé à 16 ans. L'école privée n'est pas tenue
d'accepter ni de garder dans ses rangs les élèves moins performants
ni d'intégrer les élèves handicapés ou en difficulté
d'adaptation ou d'apprentissage. D'ailleurs, seule une faible proportion de
sa population est composée d'élèves de cette catégorie
(2 p. 100 au primaire et 0,2 p. 100 au secondaire) en comparaison
de celle des écoles publiques (respectivement 12 p. 100 et
16,2 p. 100)8 . De même, au
sein du réseau public, c'est l'école ordinaire qui est aux prises
avec ces obligations, étant donné que des écoles qui sélectionnent
leurs élèves en fonction des performances scolaires ont vu le
jour, créant ainsi une école publique «à deux vitesses».
On ne peut, d'une part,
affirmer que l'on veut la réussite du plus grand nombre et, d'autre part,
placer les élèves les moins privilégiés dans les
conditions les plus désavantageuses. À l'inverse, la nécessité
d'une scolarisation accrue pour toutes et tous comme condition de notre développement
social et économique ainsi que la poursuite de notre idéal démocratique
nous imposent, comme nous l'ont rappelé de nombreux participants et participantes
aux assises, d'en faire plus pour ceux et celles qui en ont moins. De même,
nous croyons que le regroupement, à l'école commune, d'élèves
aux origines sociales et aux succès scolaires variés est une voie
à privilégier pour favoriser leur socialisation et leur apprentissage
du «vivre ensemble». Voilà pourquoi il nous paraît urgent
de mettre un frein à la stratification des écoles primaires
et secondaires en s'assurant que la priorité soit accordée à
la relance des écoles publiques et que celles-ci demeurent ouvertes à
tous les élèves. Cela doit, d'une part, se traduire par un
moratoire sur l'ouverture d'établissements privés et par une
diminution progressive des subventions accordées à ce réseau,
la possibilité d'une intégration au réseau public étant
offerte aux établissements qui éprouveraient des difficultés.
D'autre part, cela signifie que les écoles publiques ne pourront s'adonner
à des pratiques de sélection durant la période de scolarité
obligatoire. Par ailleurs, nous reconnaissons que la formation, dans certains
domaines, comporte des exigences particulières impliquant d'acquérir
et de développer tôt et de façon intensive des aptitudes
spécialisées. Pensons, par exemple, à la danse, à
la musique, au sport d'élite ou aux métiers du cirque. Nous sommes
d'avis que la formation de la relève dans ces domaines appelle l'existence
d'un nombre limité d'écoles spécialisées,
du type écoles nationales.
Ce choix que nous venons
d'énoncer comporte une obligation de diversité pédagogique
au sein de l'école commune. Nous considérons qu'il est souhaitable
que chaque école se dote d'un projet pédagogique distinctif, adapté
à la réalité du milieu dans lequel elle s'insère.
Dans le même ordre d'idées, nous croyons que l'école doit
offrir des menus adaptés aux goûts et aux aptitudes de chaque élève,
à condition toutefois que la diversification ne compromette pas l'atteinte
des objectifs d'une formation de base commune jusqu'à la fin de la 3e
secondaire et qu'elle ne contribue pas à la marginalisation des catégories
d'élèves les plus vulnérables. De nombreuses expériences
d'innovation pédagogique ont vu le jour dans des écoles de quartier
ou des écoles alternatives ouvertes à tous, ce qui confirme que
la diversification peut emprunter d'autres voies que celle de la création
d'écoles «à deux vitesses».
L'égalité
des chances implique également que le désir de poursuivre ses
études ne soit pas entravé par des problèmes d'accessibilité
géographique. À cet égard, partageant le point de vue exprimé
par la plupart des participantes et participants aux assises, nous considérons
qu'il faut maintenir, dans la mesure du possible, les petites écoles
de village ou de quartier. Bon nombre de parents y voient le moyen d'assurer
la survie et le développement de leur communauté. Au cours des
dernières années, plusieurs expériences ont eu lieu en
ce sens. Pour garantir la cohérence du système et assurer l'équité
entre les milieux, nous estimons que des balises claires permettant de
guider les choix des communautés locales doivent être établies.
Comme les raisons qui justifient de maintenir ou non les petites écoles
débordent le domaine strictement scolaire, nous croyons qu'une politique
interministérielle d'occupation du territoire contribuerait grandement
à la clarification de nos choix sociaux en la matière. Nous estimons
qu'il revient aux commissions scolaires d'élaborer et de rendre publics
les critères présidant, sur leurs territoires respectifs, aux
décisions relatives au maintien des petites écoles, notamment
en ce qui a trait à la qualité des services pédagogiques,
aux conditions d'études des élèves, aux conditions de travail
du personnel, à la viabilité financière de l'établissement
et à la volonté de la communauté. Les décisions
des commissions scolaires devraient toujours s'appuyer sur un vaste débat
public.
Les critères relatifs au maintien des petites écoles devraient
refléter la préoccupation générale d'assurer
l'accessibilité géographique à la formation, ce qui
suppose qu'ils trouvent leur prolongement dans un cadre général
pour le maintien d'une offre de formation convenant aux besoins des populations
des régions y compris en matière d'enseignement professionnel
et d'enseignement supérieur. Nous convenons qu'il n'est pas possible
de tout offrir partout, encore moins dans le contexte budgétaire actuel.
Nous estimons cependant qu'il faut résister à la tentation de
concentrer l'offre de formation dans les grands centres urbains et les régions
à forte densité démographique, privant ainsi les autres
régions de leur droit à l'éducation et d'un potentiel de
développement. Sur ce plan, les possibilités de la formation
à distance et des nouvelles technologies gagneraient à être
mieux exploitées. Si la seule solution proposée aux populations
des régions est l'«expatriation», même avec une aide
financière - qui d'ailleurs contribue à accroître leur niveau
d'endettement , il y a fort à craindre que les écarts observés
actuellement entre les régions du Québec en matière de
persévérance scolaire ne fassent que s'accentuer9.
Par ailleurs, la situation particulière des écoles publiques montréalaises
nous rappelle que la «défavorisation» n'est pas toujours liée
à l'éloignement géographique. En effet, plus de la moitié
(58 p. 100) de celles-ci sont considérées par le Ministère
comme des écoles défavorisées sur le plan socio-économique,
ce qui n'est pas sans effet sur la réussite scolaire de leurs élèves,
qui est parmi les plus faibles du Québec. Compte tenu que les écoles
primaires et secondaires de l'île de Montréal accueillent à
elles seules environ les trois quarts des élèves allophones du
Québec, il est clair qu'elles doivent faire face à des défis
pédagogiques énormes qui s'apparentent à ceux des écoles
urbaines des métropoles nord-américaines10
. Nous croyons qu'il faut prévoir un soutien pédagogique et
financier particulier pour les zones qui sont les plus défavorisées
sur le plan économique et pour celles où se trouve une forte concentration
d'élèves de communautés culturelles. Cela pourrait
aider Montréal à utiliser la diversité de sa population
et la variété de ses infrastructures culturelles comme tremplins
pour son développement social plutôt que de vivre comme une zone
scolaire sinistrée.
En ce qui a trait aux élèves des communautés
culturelles, certains affichent, sur le plan de la performance scolaire, des
lacunes au˙xquelles il faut remédier. À cet égard, les
difficultés d'intégration scolaire des élèves qui
sont peu ou pas scolarisés à leur arrivée au Québec
exigent des mesures particulières. Environ un élève sur
cinq dans les classes d'accueil de la Commission des écoles catholiques
de Montréal, de la Commission des écoles protestantes du Grand
Montréal et de la Commission scolaire Ste-Croix est dans cette situation.
Le phénomène est particulièrement aigu au secondaire où
il touche environ un élève sur trois11
. Dans l'ensemble, toutefois, c'est surtout la capacité de favoriser
l'intégration de ces élèves qui fait défaut à
l'école. Comme nous l'avions souligné dans l'Exposé
de la situation, malgré les efforts louables des intervenants de
première ligne, de nombreux problèmes persistent: ainsi, plus
de 10 000 élèves du primaire et du secondaire fréquentent
des écoles ethniques et religieuses privées et ne sont donc pas
intégrés à l'école publique commune; des classes
d'accueil sont situées dans des écoles où la presque totalité
des élèves sont d'origine immigrante; les relations du personnel
scolaire avec les parents et les groupes communautaires travaillant dans les
milieux pluriethniques sont encore peu développées; le personnel
scolaire est mal préparé à ces nouvelles réalités.
Un plan d'ensemble pour orienter les actions fait cruellement défaut.
Nous considérons qu'il est temps que la politique en matière
d'immigration et d'intégration adoptée en 1990 soit traduite dans
un énoncé d'orientation qui préciserait les responsabilités
de l'éducation en matière d'intégration des élèves
immigrants et d'éducation interculturelle12
. La reconnaissance du fait français, la connaissance et le respect des
institutions démocratiques, l'établissement, entre les communautés,
de relations harmonieuses reposant sur un double consentement (enracinement
et engagement dans la société d'accueil, dans le cas des immigrants,
ouverture et accompagnement, dans le cas des membres de la société
d'accueil) en vue de construire un espace civique commun nécessitent
la contribution de l'école. Cet énoncé devrait aborder
entre autres questions: la laïcisation du système scolaire; la révision
des curriculums pour y inclure la connaissance des institutions, de l'histoire
et de la culture québécoises et l'ouverture sur le monde; une
éducation civique orientée vers le respect des valeurs et des
institutions communes ainsi que la tolérance et l'acceptation de la diversité;
la formation du personnel scolaire en matière interculturelle; la révision
des méthodes pédagogiques; le phénomène de la concentration
d'élèves d'origine immigrante dans certaines écoles; une
plus juste représentation des membres des communautés culturelles
dans les divers corps d'emploi du monde scolaire.
Les élèves autochtones ont aussi, en matière d'accueil
et de soutien, des besoins particuliers qui ne trouvent pas toujours de
réponses appropriées13 . Par
exemple, il arrive que l'on regroupe plus de 30 Autochtones dans une classe
spéciale, ou que l'on convoque tous les parents autochtones dont les
enfants ont eu des échecs ou encore que l'on administre aux enfants des
tests qui ne tiennent pas compte de leurs différences culturelles. On
a aussi tendance à renvoyer l'encadrement de l'élève aux
familles et à la communauté plutôt que d'offrir les services
nécessaires. Il faudrait apporter une attention particulière à
ces élèves dans les moments de transition, par exemple lorsqu'ils
passent de l'école de bande à l'école de la commission
scolaire ou lorsqu'ils doivent «s'expatrier» pour poursuivre leurs
études supérieures. La présence d'agents de liaison ou
de structures de regroupement des élèves autochtones est souhaitable
dans ces cas.
La situation des élèves handicapés ou en difficulté
d'adaptation ou d'apprentissage mérite aussi une attention particulière;
d'abord parce que l'école doit s'acquitter de sa mission d'instruction,
de socialisation et de qualification à l'égard de ces élèves
comme de tous les autres; ensuite parce que, compte tenu de l'augmentation de
leur nombre et du désir de les intégrer le plus possible à
la classe ordinaire, il faut s'assurer que les conditions d'un accueil réussi
soient réunies. Dans les commissions scolaires, 12,6 p. 100
des élèves sont aux prises avec ce type de difficulté.
Plus des deux tiers d'entre eux éprouvent des difficultés d'apprentissage
alors que près d'un élève sur cinq fait partie de cette
catégorie parce qu'il a des difficultés de comportement. Les élèves
atteints de handicaps physiques ou de déficience intellectuelle ne représentent
qu'un peu plus de 10 p. 100 des élèves de cette catégorie14.
On semble particulièrement démuni face à la situation
des élèves qui ont des troubles de comportement. On se plaint
qu'ils dérangent les autres élèves de la classe, et on
voudrait bien trouver des moyens de les encadrer qui soient différents
du retrait pur et simple de l'école ou du confinement dans des établissements
spécialisés. Il semble d'ailleurs que le taux de réintégration
de ces élèves en classe ordinaire après la fréquentation
d'un service spécialisé soit relativement faible. Plusieurs expériences
ont cours dans les écoles, mais l'évaluation et la diffusion des
résultats ne sont pas toujours assurées15
. Nous croyons qu'il faut intensifier les efforts de recherche de même
que la formation et l'instrumentation pédagogique du personnel scolaire
pour faire face aux problèmes particuliers que pose la situation des
élèves ayant des troubles de comportement.
L'intégration des élèves handicapés ou en difficulté
d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA) à l'école et à
la classe ordinaires a fait des progrès notables depuis l'adoption d'une
politique à cet effet en 1978, bien que l'intégration à
la classe ordinaire paraisse plus problématique au secondaire. En comparant
les lois des provinces canadiennes, on constate d'ailleurs que le Québec
fait partie des provinces qui offrent aux élèves en difficulté
les meilleures garanties de respect de leur droit à l'éducation16
. Il ressort des consultations que nous avons menées qu'il faut poursuivre
le mouvement d'intégration de ces élèves à l'école
ordinaire tout en maintenant une diversité de formules (intégration
dans des classes ordinaires, classe-ressource, classe spéciale et école
spécialisée) dans le but de fournir une réponse adaptée
aux besoins de chacun. De nombreux participants et participantes ont attiré
notre attention sur les conditions à respecter pour assurer le
succès du processus d'intégration. Il nous paraît utile
de les rappeler: dépistage précoce des difficultés des
élèves, évaluation juste de leurs besoins et formulation
d'objectifs raisonnables, élaboration du plan d'intervention préalablement
au classement, prise en considération du choix des parents et de l'expertise
de celles et ceux qui interviennent auprès de l'élève (parents,
personnel de direction, enseignantes et enseignants, personnel professionnel
et de soutien), sensibilisation des autres élèves, disponibilité
de ressources humaines (notamment, de personnel professionnel et technique comme
soutien aux élèves et aux enseignantes et enseignants) et de ressources
financières appropriées, collaboration fonctionnelle des partenaires
(santé et services sociaux, organismes communautaires, entreprises).
Au cours des assises régionales,
des participantes et participants ont souligné la nécessité
de prévoir aussi des services pour ceux et celles qui éprouvent
des difficultés d'apprentissage à l'éducation des adultes
et à l'enseignement supérieur. Nous partageons cette préoccupation.
La tendance à recourir assez systématiquement au redoublement
comme moyen de permettre à l'élève de rattraper son retard
avant de passer à la classe suivante nous paraît devoir être
remise en question. En 1994-1995, 6,7 p. 100 des élèves
du primaire et du secondaire ont redoublé une classe. L'effet cumulatif
de ce redoublement se reflète dans l'accès tardif au secondaire:
plus d'un élève sur quatre âgé de 12 ans n'a
pas atteint le secondaire17 . On évalue
à plus de 500 millions de dollars le coût de ces redoublements
dans les commissions scolaires. Il y a lieu de se demander si cet argent ne
pourrait pas être plus judicieusement investi dans des mesures préventives
et de soutien.
L'accessibilité
financière est, à notre avis, une condition essentielle de l'égalité
des chances. C'est pourquoi nous croyons utile de réaffirmer la nécessité
de maintenir la gratuité scolaire (y compris les services complémentaires)
jusqu'au collégial inclusivement. Nous préconisons également
la vigilance en ce qui a trait à l'imposition de frais divers, en particulier
au primaire et au secondaire. Au collégial, un meilleur encadrement de
ces frais est nécessaire. À l'enseignement universitaire,
compte tenu du rattrapage qui reste à effectuer en matière d'accès
des groupes sociaux moins favorisés, nous réaffirmons que l'augmentation
des droits de scolarité ne devrait être envisagée que comme
solution de dernier recours. En ce qui concerne l'aide financière
aux étudiants, les fondements du régime (objectif d'accessibilité;
équilibre entre le prêt et la bourse pour éviter tant l'endettement
de l'étudiant que le dépassement de la capacité de payer
de l'État; caractère contributif, assuré par la participation
financière qu'il suppose de l'étudiant et de ses parents; et aspect
supplétif, puisqu'on fournit les ressources manquantes une fois versées
les contributions prévues) nous paraissent toujours valables. L'accessibilité
du régime mériterait toutefois d'être élargie pour
tenir compte des besoins des adultes qui poursuivent des études à
temps partiel, comme le proposait d'ailleurs le rapport MacDonald18
. Des améliorations s'imposent en ce qui a trait aux élèves
de la formation professionnelle, notamment pour tenir compte des besoins financiers
qu'entraîne l'achat d'équipement spécialisé ou de
micro-ordinateur; du fait que le déroulement de leurs études ne
correspond pas toujours à l'année scolaire; et de la situation
particulière de ceux et celles qui retournent aux études, à
qui l'on demande actuellement une contribution financière considérée
comme trop élevée19 . Des mesures
doivent être prises pour sensibiliser les parents à leur devoir
de contribuer aux études de leurs enfants et les informer du montant
qu'ils seraient censés verser en vertu du régime d'aide financière
aux étudiants. En ce qui a trait au remboursement des prêts contractés
par les étudiantes et les étudiants dans le cadre de ce régime,
nous sommes d'accord sur le principe d'un remboursement proportionnel au revenu.
Nous estimons toutefois que les modalités pour y parvenir ainsi que les
impacts de ce choix gagneraient à être examinés en profondeur
avant que l'on ne s'engage dans cette voie. Enfin, il faut s'assurer que les
éventuelles modifications au régime ne contribuent pas à
accroître l'endettement étudiant20.
3. MINISTÈRE
DE L'ÉDUCATION. Indicateurs de l'éducation - Édition
1995, p. 47.
4. Pierre
DANDURAND, «Démocratie et école au Québec: bilan et
défis», dans L'éducation 25 ans plus tard, Institut
québécois de recherche sur la culture, 1990, pp. 37-60.
5. MINISTÈRE
DE L'ÉDUCATION. Indicateurs de l'éducation - Édition
1995, pp. 106, 111 et 113. Les données relatives aux diplômes
du secondaire ne tiennent pas compte des diplômes d'études professionnelles.
6. MINISTÈRE
DE L'ÉDUCATION. Indicateurs de l'éducation - Édition
1995, p. 53. Ces données ne tiennent compte que des diplômes
obtenus au secteur des jeunes en 1993-1994.
7. La
proportion des élèves du secteur français du secondaire
qui fréquentaient les établissements privés était
en 1994-1995 de 27,7 p. 100 à Montréal, 20,8 p. 100
en Estrie, 19 p. 100 à Québec. Source: Compilation préparée
par Francine Bédard-Hô à partir des données du ministère
de l'Éducation.
8. Source:
Effectif scolaire à temps plein et à temps partiel du secteur
des jeunes des commissions scolaires, des établissements d'enseignement
primaire et secondaire privés subventionnés et des établissements
d'enseignement collégial publics et privés subventionnés,
1993-1994. Direction des statistiques et des études quantitatives, ministère
de l'Éducation.
9. Sur
les disparités géographiques en matière de persévérance
scolaire, voir MINISTÈRE DE L'ÉDUCATION, Indicateurs de l'éducation
- Édition 1995, p. 109 et GROUPE ÉCOBES, Les disparités
géographiques et sociales de l'accessibilité au collégial,
Cégep de Jonquière, 1993, 163 p.
10. CONSEIL
SUPÉRIEUR DE L'ÉDUCATION. La réussite à l'école
montréalaise: une urgence pour la société québécoise,
Avis, 1996, 138 p.
11. MINISTÈRE
DE L'ÉDUCATION. Le point sur les services d'accueil et de francisation
de l'école publique québécoise - Pratiques actuelles et
résultats des élèves, 1996, p. 30.
12. Cette
proposition a déjà été faite par le Conseil supérieur
de l'éducation dans son avis Pour un accueil et une intégration
réussis des élèves des communautés culturelles,
1993, 132 p.
13. Commission
des États généraux sur l'éducation. Compte rendu
de la rencontre avec le Conseil en éducation des Premières Nations,
avril 1996, 5 p.
14. Francine
BÉDARD-HÔ. Le redoublement au primaire-secondaire, Commission
des États généraux sur l'éducation, 20 juin 1995,
14 p.
15. Égide
ROYER et S. MOISAN. «Comment évaluer vos services aux élèves
qui ont des difficultés de comportement», dans Éducation
Canada, été 1996, pp. 15-21.
16. William
J. SMITH. Equal Educational Opportunity for Students with Disabilities: Legislative
Action in Canada, Bureau de recherche sur la politique scolaire (OREP),
Université McGill, juillet 1994, 177 p.
17. MINISTÈRE
DE L'ÉDUCATION. Indicateurs de l'éducation - Édition
1995, p. 54.
18. Rapport
du Groupe de travail sur le Régime d'aide financière aux étudiants.
L'aide financière aux étudiants: un équilibre à
maintenir, 1995, 231 p.
19. Des
recommandations à ce sujet sont contenues dans le Rapport du comité
de travail sur la formation professionnelle au secondaire, Direction générale
de l'aide financière aux étudiants, décembre 1995, 11 p.
20. Pour
un aperçu de l'état actuel de l'endettement étudiant, lire
MINISTÈRE DE L'ÉDUCATION. Étude sur la dette accumulée
par les bénéficiaires de l'aide financière aux étudiants,
1994, 69 p.; BUREAU DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC. Enquête
sur le mode de vie des étudiants du secondaire professionnel et du collégial,
1996, pp. 105 à 113; Arnaud SALES et al. Le monde étudiant
à la fin du XXe siècle, Département de sociologie,
Université de Montréal, mai 1996, pp. 223-229.
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