Notes pour l'allocution de Mme Pauline Marois

à l'occasion du

LANCEMENT DE L'ÉNONCÉ DE POLITIQUE ÉDUCATIVE
L'ÉCOLE, TOUT UN PROGRAMME

le 30 septembre 1997

Le discours prononcé fait foi.


C'est tout un programme que je rends public aujourd'hui. Je le propose :

Ce programme, cet énoncé, résulte de choix, de choix qu'on ne peut plus différer. Les consultations qui étaient indispensables ont eu lieu: le rapport Corbo, la Commission des États généraux, des mémoires du Conseil supérieur de l'Éducation et le rapport du Groupe de travail sur les curriculums. La réflexion sur ce que nous devons faire a été approfondie, et ses conclusions sont d'une grande qualité. L'heure est venue pour moi, forte de l'éclairage reçu, d'exercer la responsabilité politique qui m'est confiée pour aider les enfants du Québec à affronter les défis de leur siècle avec assurance et confiance.

En juin dernier, lorsque j'avais fait part de ce que je retenais pour l'immédiat du rapport du Groupe de travail sur le curriculum, j'avais aussi annoncé que je publierais, à l'occasion de la rentrée scolaire, un énoncé de politique qui préciserait la nature des changements souhaités et intégrerait des indications quant à l'organisation du temps d'enseignement. Le voici!

Le premier article de cet énoncé concerne les missions de l'école, que nous clarifions. Premièrement et avec une volonté réaffirmée, l'école doit instruire parce que le développement des activités intellectuelles et la maîtrise des connaissances assurent une place dans une société désormais dominée par le savoir.

Deuxièmement, l'école doit socialiser les élèves, c'est-à-dire les aider à vivre ensemble dans une société pluraliste et même éclatée, être sensible à leur quête de sens, les préparer à être des citoyennes et des citoyens responsables, prévenant ainsi les risques d'exclusion.

Troisièmement, elle doit qualifier les jeunes, en leur procurant les bases d'une formation plus poussée ou la maîtrise de compétences professionnelles.

Pour s'acquitter de ces missions, il faut créer dans chaque école un environnement éducatif favorable à la réussite du plus grand nombre. Certaines conditions doivent pour cela être réunies. D'abord, il faudra insister sur les apprentissages fondamentaux, qui ouvrent la voie à tous les autres et qui occuperont, par conséquent, plus d'espace dans la grille des matières.

Puis, il faudra enrichir le «menu scolaire» sur le plan culturel, l'enseignement de chaque matière essentielle étant fait dans une perspective historique, à travers des oeuvres ou par la fréquentation de lieux ou de personnes servant d'exemple à cet égard.

Ces changements commanderont une plus grande rigueur à l'égard des apprentissages proposés et des exigences relatives aux devoirs, aux leçons et au temps d'études personnel. Ils nécessiteront une attention particulière à chaque élève, qu'il soit plus faible, plus lent, plus avancé, en reconnaissant que chacun et chacune est capable d'apprendre si on lui permet de le faire à sa façon, selon son rythme, et en lui proposant des stratégies appropriées et des mesures d'aide, de soutien ou de motivation adéquate, en fait, en lui proposant des défis à sa mesure.

Il est essentiel que toutes et tous possèdent les bases de la formation continue, ces rudiments ou méthodes qui permettent de continuer à apprendre parce qu'ils développent la curiosité intellectuelle. Enfin, une organisation scolaire qui privilégie le cheminement de l'élève plutôt que la rigidité des normes, en somme une organisation au service des élèves.

Cet énoncé annonce surtout une refonte complète du curriculum, selon deux axes principaux :

D'abord, cinq grands domaines d'apprentissage seront privilégiés :

Ensuite, des compétences transversales seront présentes dans l'ensemble des programmes et des activités organisées par l'école :

Ces grands domaines d'apprentissage et ces compétences transversales baliseront, en quelque sorte, la révision des programmes d'études.

Le coeur du programme éducatif que j'annonce aujourd'hui est le suivant.

Premièrement, un curriculum national, qui assure une formation de base commune, de la première année du primaire jusqu'à la fin du premier cycle du secondaire, soit la troisième secondaire;

Deuxièmement une formation de base plus diversifiée au deuxième cycle du secondaire, qui, outre un tronc commun d'apprentissages, permet l'accès à un plus grand nombre de matières à option et à diverses voies de formation professionnelle.

Au primaire, toutes les matières devront être enseignées à chaque année. Dans certaines matières, une partie du temps n'est pas allouée, cela afin d'adapter ou d'enrichir l'enseignement en fonction des besoins et des caractéristiques des élèves. Les programmes seront mis à jour de façon à déterminer clairement les contenus essentiels dans chaque matière et ces contenus obligatoires feront l'objet d'une évaluation, ce qui implique un temps minimum pour chacune de ces matières.

Au secondaire, l'enseignante ou l'enseignant disposera d'une marge de manoeuvre, à l'intérieur de chaque programme d'études, pour mieux assurer la réussite des élèves. Il n'y aura donc pas un double standard, selon le projet éducatif de l'école, la région où celle-ci est située ou la catégorie d'élèves visés. La formation de base sera de même nature et de même qualité, partout sur le territoire québécois : il s'agit du principal facteur d'égalité des chances, et sur cela, nous ne ferons aucun compromis.

Il faut marquer l'importance accordée au renouvellement des programmes en corrigeant les lacunes constatées et maintes fois dénoncées, notamment l'engagement insuffisant des partenaires principaux de l'éducation et le cloisonnement des disciplines.

Pour procéder méthodiquement et rigoureusement à la révision des programmes d'études de même que pour entretenir une réflexion permanente sur l'évolution du curriculum, j'annonce la création de la Commission des programmes, qui sera instituée en vertu d'une modification à la Loi sur l'instruction publique.

Organisme consultatif auprès de la ministre, cette commission aura pour mandat de lui donner des avis et de lui faire des recommandations à la fois sur les orientations générales des programmes d'études et sur la conformité de chacun des programmes avec ces orientations. La ministre approuvera donc et le cadre d'élaboration des programmes et les programmes eux-mêmes, qui continueront d'être produits sous l'autorité du Ministère.

Afin de mettre en commun la compétence du personnel de l'enseignement et l'expertise scientifique existant en matière de curriculums, la composition de la Commission assurera une place prépondérante à ceux et celles qui enseignent et aux experts. J'entends annoncer dès cet automne la composition de cette commission, afin qu'elle se mette à l'oeuvre sans tarder.

L'implantation des nouveaux contenus de formation débutera dès la rentrée de 1999 pour le premier cycle du primaire pour être complétée au terme de l'année scolaire 2002-2003 pour le primaire et à la fin de l'année scolaire 2005-2006 pour le secondaire.

Il faudra même examiner la possibilité de devancer ces échéances pour certains éléments de la réforme, comme l'enseignement de l'histoire. L'important, dans cet exercice, c'est de préserver la qualité des programmes en accélérant le processus de leur production. Nous concilierons ces deux exigences de telle sorte que les élèves ne servent pas de cobayes dans une opération inutilement précipitée.

Évidemment, une telle transformation du curriculum et des modes de révision des programmes d'études entraînera des changements dans d'autres éléments du système d'éducation. Ainsi, il faudra revoir la politique ministérielle d'évaluation des apprentissages. Quelle sera la nature des bilans à faire à la fin de chacun des trois cycles du primaire et du premier cycle de l'enseignement secondaire? Il faudra mieux équilibrer nos instruments de mesure des apprentissages, pour accorder plus d'importance à l'évaluation de la langue écrite et pour redonner sa juste place au jugement professionnel des enseignantes et des enseignants dans l'évaluation.

Il faudra également consolider la sanction des études pour s'assurer que le titre officiel délivré par l'État satisfait dans tous les cas aux mêmes conditions et aux mêmes exigences, et que les cours prescrits et les objectifs obligatoires fixés dans les programmes d'études sont respectés par toutes les écoles.

Enfin, le Règlement sur le régime pédagogique du secondaire sera modifié pour que le diplôme d'études secondaires reflète l'importance accordée dorénavant aux matières essentielles. De plus, des épreuves uniques continueront d'être administrées par le Ministère dans la plupart de ces matières.

Le grand défi du programme éducatif que je rends public aujourd'hui consiste à améliorer la qualité de la formation de tous les élèves, et la qualité de toutes les écoles du Québec, sans distinction. Nous y contribuons en enrichissant les contenus de formation et en affirmant plus résolument certaines exigences. Je suis assurée que cet objectif ralliera toute la population et que les efforts consentis pour l'atteindre accroîtront la confiance de tous les secteurs de la société à l'endroit de l'école, provoquant ainsi un coup de coeur en faveur de l'éducation, de même qu'une reconnaissance de son importance capitale.

Mais je sais, par ailleurs, que la formation du personnel enseignant, tant pour entrer dans l'enseignement que pour y progresser en respectant les plus hauts standards, doit faire l'objet d'une attention soutenue. Il faut que l'enseignement attire les meilleurs candidats et candidates, que leurs compétences se forgent dans une perspective de culture générale plus large, qu'on leur assure des conditions et des occasions de formation pratique ainsi qu'un accompagnement professionnel constant.

Il faut que leur formation soit continue, stimulante et diversifiée. C'est dans cet esprit que mon Ministère entreprendra sous peu avec les principaux partenaires une relecture des programmes universitaires de formation sans toutefois porter préjudice à celles et ceux qui fréquentent présentement un programme de formation des maîtres. Par la suite, il soumettra à la discussion de nouvelles orientations en matière de formation continue du personnel enseignant. Je compte, au terme de cet exercice, renouveler l'engagement du Ministère dans ces domaines.

Oui, c'est tout un programme qui nous attend! Ses exigences ne doivent pas occulter son urgence. Le changement qu'il représente doit être apprécié à la lumière de son seul objectif : assurer le virage vers le succès. Je souhaite qu'il soit accueilli et assumé dans cet esprit.