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Le mot «curriculum», pour parler des programmes d'études, est employé de plus en plus souvent dans les textes français. Et, lors d'une récente réunion du Comité directeur du Centre pour la recherche et l'innovation dans l'enseignement (CERI) de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), les membres francophones ont recommandé d'utiliser ce terme dans le document en français traitant des programmes d'études, parce qu'il avait une extension plus large que celui de «programmes d'études».

En effet, le mot «curriculum» désigne ce qui est entrepris pour la formation des élèves dans un système d'éducation. Il désigne donc les choix adoptés concernant la place faite, selon une proportion donnée, aux différentes matières et disciplines enseignées, ce qui, au Québec, est cristallisé dans des articles du règlement concernant le régime pédagogique et qu'on a appelé traditionnellement «la grille-matières». Mais, ce terme désigne aussi les contenus globaux de formation qui servent à déterminer les programmes. Par extension, il englobe trois des éléments qui ont un effet structurant sur le curriculum effectif, c'est-à-dire celui qui est appliqué dans la classe: le système d'établissement des programmes d'études, celui de l'évaluation des apprentissages, celui de la sanction des études.

Le fait que les pays occidentaux, dans le cadre de l'OCDE, se soient entendus sur le terme «curriculum» pour désigner l'ensemble des dispositifs qui, dans le système scolaire, doit assurer la formation des élèves, est significatif des préoccupations qui sont actuellement les leurs. Et qui sont aussi les nôtres. Aussi, ayant été mandatés pour présenter des éléments d'une réforme du curriculum, nous voudrions, dans ce premier chapitre, donner quelques indications sur les réformes actuelles des curriculums en Occident et souligner les principaux travaux entrepris, depuis dix ans, au Québec, dans ce même chantier.

1. LES RÉFORMES DES CURRICULUMS D'ÉTUDES EN OCCIDENT

Le Centre pour la recherche et l'innovation dans l'enseignement (CERI) de l'OCDE étudie depuis dix ans les réformes des programmes d'études entreprises dans les différents pays membres. Ce fait montre l'intérêt porté actuellement par beaucoup de pays à la réforme des curriculums d'études de l'enseignement primaire et secondaire. Il y a 30 ou même 40 ans, les pays étaient préoccupés de l'augmentation de la fréquentation scolaire (démocratisation), il y a 15 ans, des performances de leur système d'éducation (échec scolaire, indicateurs de performance), ces dernières années, se sont ajoutées les préoccupations portant sur les curriculums d'études. Il y a donc un déplacement des objets de préoccupations; quelles en sont les raisons?

1.1 Pourquoi des réformes des curriculums?

Les raisons de ce déplacement d'accent sont explicitement dites par ceux qui entreprennent ces réformes. Ces raisons sont de deux sortes. Si les regards se déplacent vers les contenus d'enseignement, vers ce qui fait la spécificité des institutions scolaires, c'est que:

Les savoirs occupent désormais une place inégalée dans l'organisation matérielle et sociale de nos collectivités

Dans la vie quotidienne, l'utilisation des technologies, les relations avec les organisations, l'usage des médias, demandent pour tous, et bien plus qu'auparavant, des capacités intellectuelles exercées.

La vitalité et la prospérité économiques ne dépendent plus désormais de la possession des matières premières. Dans la nouvelle compétition internationale, ce sont les savoirs, les découvertes scientifiques et technologiques qui redistribuent les cartes de la richesse et de la puissance.

L'accroissement exponentiel des connaissances, la rapidité de leur renouvellement, l'explosion des innovations technologiques mettent en place une «société du savoir». Pour y vivre avec aisance, il faudra maîtriser plus de savoirs et être capable de maîtriser continuellement des savoirs nouveaux.

Deux des problèmes sociaux les plus aigus vécus dans les sociétés frappées par les restructurations industrielles, l'exclusion et le chômage, sont liés, et ont tous les deux un rapport avec les savoirs. La jonction entre l'échec scolaire et la situation sociale apparaît évidente: la position de chaque personne par rapport au savoir marquera désormais de plus en plus sa place dans la société. Mais quels sont alors les savoirs essentiels qu'il faudra assurer à tous? Quelles sont les compétences nouvelles qu'exigent les nouveaux systèmes de travail et les nouvelles situations d'emploi? Comment l'école fera-t-elle pour les développer?

On demande à l'école d'être une institution favorisant la cohésion sociale

Les orientations prises en ce domaine varient selon les pays, mais on y trouve une ou plusieurs des quatre préoccupations suivantes:

  • il faut, à l'école, développer et promouvoir des valeurs et des attitudes reconnues par les différentes communautés du pays;
  • il faut, à l'école, réagir à la crise du lien social dont les manifestations sont l'éclatement des familles, l'aggravation des inégalités liées à la montée de la pauvreté, la crise morale, la rupture des solidarités traditionnelles de proximité, la violence. Réagir à cette situation, c'est favoriser, à l'école, l'intégration sociale en transmettant un patrimoine culturel commun (bagages de connaissances, références culturelles, valeurs), en faisant partager des valeurs communes fondées sur des raisons communes, en mettant en oeuvre, de façon réelle, l'égalité des chances;
  • il faut, à l'école, se préoccuper de la préparation à l'exercice de la citoyenneté. Au moment où les démocraties gagnent du terrain dans le monde, on se rend compte de leur fragilité. Au-delà des institutions qui l'assurent, la démocratie demande à être vivifiée par des citoyens et des citoyennes conscients des enjeux collectifs et soucieux de participer à la vie démocratique;
  • il faut, à l'école, se préoccuper des défis mondiaux que soulèvent les mutations actuelles: amplification des mouvements migratoires, pluralisme, développement durable, préservation des patrimoines culturels, expansion des médias, menace pour l'environnement, déséquilibre entre pays pauvres et riches, etc.

Toutes ces préoccupations se traduisent par des demandes d'ajustements des curriculums d'études.

1.2 Les traits caractéristiques des réformes actuelles des curriculums d'études

Ce sont des réformes où l'instance politique est déterminante

La place occupée dans les préoccupations des gouvernements pour «ce qui s'enseigne» dans les écoles était jusqu'à présent très variable. Présente en France comme un des principes de la vie politique, cette préoccupation était absente en Angleterre, où l'ancien premier ministre Callaghan parlait du «jardin secret» des programmes scolaires. La loi sur la réforme de l'enseignement adoptée par le Royaume-Uni en 1988 donne aux pouvoirs publics le droit de réformer les programmes. Ce qu'ils n'ont pas manqué de faire. Il n'y a plus, nulle part, de «jardin secret» en matière de curriculum, et certains États américains déterminent même, dans des lois, les contenus rudimentaires que tout élève doit maîtriser à la sortie de l'école. La tradition anglo-saxonne voulait que les autorités politiques n'interviennent pas dans la détermination des curriculums d'études. Les écoles, les districts avaient une grande autonomie en ce domaine. Actuellement, dans tous les pays héritiers de cette tradition, la situation change. Les gouvernements mettent en oeuvre des curriculums d'études nationaux.

La détermination des savoirs essentiels que doit contenir un curriculum d'études n'est plus confiée aux seuls experts des matières ou des disciplines. Les groupes préoccupés par les résultats de l'enseignement - et ce ne sont plus les seuls parents - même s'ils représentent des intérêts divergents, sont, sous des formes diverses, engagés dans les processus de réforme des curriculums.

De telles réformes sont désormais des actes politiques au sens fort du terme. L'éducation a de telles conséquences sur des citoyens tellement nombreux qu'on ne peut laisser la détermination de «ce qui doit être enseigné» aux seuls experts. Pour formuler des propositions en cette matière et inciter l'école à un engagement social plus vif, on a besoin désormais du soutien et des revendications d'autres groupes de personnes, elles aussi toutes dévouées à la chose publique.

Ce sont des réformes où les préoccupations de l'État sont au préalable explicitées. Cette explicitation prend trois formes:

  • celle des missions. La réactualisation ou la réforme des curriculums se fait à partir d'une affirmation ferme et explicite des finalités de l'éducation scolaire. Cela engage l'État, guide les actions subséquentes, assure les mobilisations collectives;
  • celle des contenus globaux de formation. La détermination de ces contenus revêt des formes différentes. Elle peut indiquer les grands champs des savoirs, les raisons qui justifient ces choix et les orientations qui doivent influencer l'enseignement des matières et des disciplines qui interviennent dans ces champs. Elle peut aller jusqu'à préciser des profils de formation, c'est-à-dire les compétences devant être atteintes dans les grands champs des savoirs retenus, au terme des études ou même au terme d'un cycle d'études;
  • celle de la détermination d'habiletés ou d'aptitudes à développer et de valeurs communes à promouvoir. Ainsi, par exemple, l'ancien secrétaire d'État américain, William Bennett, demandait qu'à l'école on développe chez l'enfant les qualités suivantes: force d'esprit, individualité, indépendance, esprit de réflexion, fidélité, gentillesse, diligence, honnêteté, équité, autodiscipline, respect de la loi, capacité d'agir en fonction de critères admis et vérifiés du bien et du mal, plutôt qu'en fonction de ses préférences personnelles.

Ce sont des réformes qui tiennent compte des contextes culturels propres aux pays qui les entreprennent

Si, de façon générale, les mathématiques et les sciences tendent à se conformer à des standards internationaux, l'importance donnée aux arts, à l'éducation à la santé, à l'enseignement moral, aux langues ainsi que les orientations des sciences humaines s'enracinent dans des traditions culturelles.

Des éléments d'un curriculum servent parfois à renforcer les traditions culturelles, mais parfois elles sont introduites pour les transformer. Le curriculum n'est plus alors seulement l'expression de la mémoire; s'y manifeste aussi le projet.

2. LA RÉFORME DU CURRICULUM D'ÉTUDES AU QUÉBEC

2.1 L'origine du curriculum actuel

Il faut remonter à la fin des années 70 et au document L'École québécoise - Énoncé de politique et plan d'action, mieux connu sous l'appellation de Livre orange, pour comprendre la situation actuelle.

Le Livre orange, publié en 1979 après une vaste consultation entreprise sur le Livre vert de l'enseignement primaire et secondaire (1977), proposait une réforme majeure du curriculum pour l'école primaire et secondaire du Québec. On y trouve des énoncés sur les finalités et les objectifs d'éducation de l'école, une description de l'organisation pédagogique de l'école primaire et secondaire qui précise les matières qui y seront enseignées, le temps d'enseignement qui leur sera alloué, ainsi que les règles de sanction des études. On y trouve aussi d'importants chapitres sur la nature des programmes d'études, sur l'évaluation des apprentissages et sur les manuels scolaires.

Le Régime pédagogique de 1981, toujours en vigueur, qui définit, notamment, la liste des matières obligatoires et à option, les grilles-matières ainsi que le format des programmes d'études actuels, découle directement de L'École québécoise - Énoncé de politique et plan d'action.

2.2 Les premières remises en cause du curriculum

Quelques années à peine après son implantation, apparaissent les premières remises en cause de ce régime. Aussi tôt qu'au printemps de 1986, les «États généraux sur la qualité de l'éducation», qui ont attiré quelque 6 000 participants, ont mis les éléments du curriculum au coeur du débat.

Un des thèmes principaux des discussions, «L'école, un fourre-tout ?» s'inspirait largement des courants mondiaux de remise en cause des curriculums: «Aujourd'hui, des groupes s'inscrivant dans la foulée du rapport américain A Nation at Risk estiment que l'école doit résolument et sans équivoque mettre l'accent sur le développement cognitif et prônent l'abandon des options et la centration du curriculum sur les matières dites de base tels le français, les mathématiques, les sciences et l'anglais comme langue seconde. [...] Au plan des valeurs, quelles seront donc ces choses de la plus grande importance que nous demanderons à l'école de transmettre aux jeunes? [...] Les questions centrales qui se rattachent aux thèmes des apprentissages sont: quels types d'apprentissage allons-nous demander à l'école? quelles sont les responsabilités de l'école en ce qui concerne l'accès aux divers niveaux d'apprentissage, l'évaluation et la sanction? [...]. La tenue des États généraux de l'éducation commande en quelque sorte la réouverture de ces questions1».

Si, peu de retombées concrètes ont découlé de ces États généraux, du moins leur tenue aura-t-elle été l'occasion de mettre clairement sur la table les enjeux et les conceptions en présence. Les discussions sur la nature des curriculums vont par la suite se poursuivre tout au long des dix ans qui suivront.

2.3 Les travaux et avis du Conseil supérieur de l'éducation

Depuis 15 ans, le contenu du curriculum a été une préoccupation constante du Conseil supérieur de l'éducation. En effet, entre 1982 et aujourd'hui, le Conseil a émis une dizaine d'avis sur les champs ou les domaines disciplinaires du primaire et du secondaire. Tous les champs disciplinaires majeurs ont été touchés; des avis ont été émis sur la qualité de l'enseignement du français, sur les mathématiques et les sciences, sur la langue seconde, sur l'éducation artistique, sur l'éducation interculturelle, sur la compétence éthique et enfin, sur les nouvelles technologies de l'information et de la communication.

Au cours de cette même période, le Conseil a aussi fait porter ses recommandations sur l'une ou l'autre des composantes du curriculum. Des avis ont été émis sur la formation fondamentale et la qualité de l'éducation, sur les visées, la pédagogie et les pratiques de l'école primaire, sur l'évaluation des apprentissages au primaire, sur l'intégration des savoirs au secondaire et sur les apprentissages pertinents à cet ordre d'enseignement ainsi que sur les particularités, les enjeux et les voies d'amélioration du deuxième cycle du secondaire.

Tous ces travaux et toutes ces recommandations auront permis au Conseil supérieur de l'éducation d'émettre, en juillet 1994, un avis de toute première importance sur l'ensemble du curriculum, intitulé Rénover le curriculum du primaire et du secondaire. Dans cet avis, fondé sur une appréciation des forces et des faiblesses des études primaires et secondaires, le Conseil formule notamment les recommandations suivantes:

  • appuyer la rénovation du curriculum sur un énoncé concernant les finalités de l'éducation, en reconnaissant à l'une d'entre elles une place centrale. Cette finalité, éduquer l'intelligence, vise à offrir une formation générale qui implique, d'une part, l'acquisition de connaissances structurantes, l'organisation de l'information et l'intégration des savoirs et, d'autre part, le développement de démarches systématiques de raisonnement, d'analyse, de synthèse, de critique et de résolution de problèmes;
  • expliciter des profils de sortie à des étapes importantes des études primaires et secondaires. Ces profils devraient être l'expression synthétique d'un ensemble de compétences (connaissances, capacités, attitudes) à viser explicitement;
  • faire en sorte, surtout au secondaire, de sortir de l'uniformité qui devient rigidité, en diversifiant les pratiques pédagogiques et en adoptant de «vraies options» qui offrent une variété de choix au second cycle du secondaire.

Dans cet avis, le Conseil exprime aussi des jugements et des recommandations sur la nature des programmes d'études et sur leur contenu; de plus, il présente des hypothèses de grilles-matières pour l'école primaire et pour l'école secondaire.

2.4 Les intentions gouvernementales récentes concernant la rénovation du curriculum

En 1992, dans le Plan d'action sur la réussite éducative intitulé Chacun ses devoirs, on pouvait lire: «Mais, la question doit être soulevée: certains éléments du curriculum ne sont-ils pas trop uniformes, trop rigides, trop contraignants? Toutes les actions entreprises en vue de faire un succès de la vaste opération visant à assurer la réussite éducative des jeunes doivent être accompagnées d'un réexamen du curriculum. [...] Le Ministère recherchera, avec ses partenaires, les voies et les moyens à prendre pour assouplir ou réaménager le curriculum [...]».

Cette démarche aura notamment pour effet de vérifier les connaissances, les habiletés et les attitudes qui doivent être développées de façon prioritaire chez tous les élèves. Elle permettra aussi de préciser, pour l'ensemble de la grille-matières, ainsi qu'à l'intérieur de chaque programme et parmi les règles de sanction des études, quels sont les éléments obligatoires, les éléments d'enrichissement et les éléments facultatifs».

De fait, en août 1992, un comité sur les ajustements au curriculum a été mis sur pied. Composé de 12 représentants des partenaires, (principales associations et fédérations d'administrateurs et de personnels scolaires, ainsi que de parents) et de cinq représentants du Ministère, ce comité a remis ses recommandations le 17 juin 1993, au moment même où la nouvelle ministre de l'Éducation venait de faire connaître ses orientations et ses mesures de renouveau pour le réseau collégial, mesures dont certaines avaient une incidence sur le curriculum du secondaire. Au sujet du secondaire, on pouvait lire dans le document Des collèges pour le Québec du XXIe siècle: «En raison de son homogénéité poussée, le curriculum québécois permet même des disparités moins grandes que celles que l'on peut observer dans la plupart des écoles secondaires nord-américaines. La question, maintes fois soulevée en commission parlementaire, est plutôt de savoir ce que doit comporter le DES obtenu pour justifier une admission au collège qui offre un minimum de garantie de réussite».

En novembre 1993, la ministre a fait connaître ses intentions et orientations concernant cette fois l'école primaire et secondaire. La rénovation du curriculum est au coeur du document Faire avancer l'école - L'enseignement primaire et secondaire québécois: orientations, propositions, questions. Ce document, qui fut soumis à la consultation, propose des mesures pour améliorer la qualité de la langue maternelle, pour renforcer l'apprentissage de la langue seconde, pour accroître la diversification des cours au second cycle du secondaire et pour réviser les règles d'obtention du diplôme d'études secondaires. Il pose aussi un certain nombre de questions sur l'apprentissage de l'anglais, langue maternelle, sur le statut de certaines matières et la place qu'elles doivent occuper dans la grille-matières et sur l'accès des jeunes à la formation professionnelle. Un des chapitres de ce document est consacré à l'accentuation de la visée d'une formation générale «de bon niveau».

On y indique aussi que l'école est trop embarrassée par le nombre de programmes et d'objectifs et que des réponses doivent être trouvées aux questions suivantes: «Que devraient savoir les jeunes à la fin du secondaire ? Que devraient-ils savoir faire et savoir être?».

Pour répondre à cette question, le document ministériel propose de «mettre au point un profil de sortie réaliste et fonctionnel, indiquant les savoirs, les savoirs-faire et les savoirs-être caractéristiques d'un élève à la fin du primaire et du secondaire». Le document prévoyait qu'il fallait confier ce travail à «un comité des sages rassemblant des personnalités du monde de l'éducation, mais aussi des principaux secteurs de la vie socioculturelle et économique québécoise».

Ce qui fut fait le 30 mars 1994, date de création du Groupe de travail sur les profils de formation au primaire et au secondaire. Sous le titre Préparer les jeunes au 21e siècle, le Groupe de travail Corbo, (du nom de son président, Claude Corbo, alors recteur de l'Université du Québec à Montréal) a proposé à la réflexion, le 2 juin 1994, un ensemble de propositions comprenant des pistes de réflexion portant notamment sur les finalités et les rôles de l'école, sur les grands domaines d'apprentissage et sur les profils de formation à la fin du primaire et du secondaire.

Toutefois, avant que ces propositions ne soient soumises à un débat public, le Gouvernement nouvellement élu convoquait, le 9 avril 1995, des États généraux sur l'éducation dont un des objectifs était «d'être un lieu de définition des objectifs à privilégier pour l'école, entendue dans son sens le plus large, d'aujourd'hui et de demain».

2.5 Les avis de la Commission des États généraux sur l'éducation au sujet du curriculum

Tout ce qui précède contribuait à faire en sorte que le curriculum soit au coeur des débats qu'animerait la Commission des États généraux sur l'éducation. Déjà, dans le document Exposé de la situation rédigé à la suite d'une première série d'audiences, les commissaires, rapportant ce qu'ils avaient entendu, insistaient particulièrement:

  • sur la reconnaissance d'une priorité absolue envers l'amélioration de la qualité de la langue tout autant que sur le nécessaire rehaussement de la culture générale des jeunes Québécois;
  • sur le ménage à faire dans la grille-matières du secondaire pour se recentrer sur les matières essentielles tout en éliminant les chevauchements entre les programmes et les redondances d'une année à l'autre;
  • sur la nécessité de diversifier les parcours au second cycle du secondaire en laissant la possibilité aux élèves de choisir des cours qui correspondent le plus à leurs domaines d'intérêt et leur permettant l'accès plus tôt à la formation professionnelle;
  • sur l'utilité et l'importance de définir des profils de sortie clairs pour la fin de chaque ordre d'enseignement ou même de chaque cycle afin d'assurer un meilleur équilibre entre les cycles et de contrer la compartimentation observée.

Il n'est donc pas étonnant de constater qu'un des dix chantiers prioritaires identifiés par les commissaires dans leur rapport final, rendu public en septembre 1996, a trait à la rénovation des curriculums de l'école primaire et de l'école secondaire.

Le curriculum ayant été fixé il y a plus de 15 ans, pour les commissaires, «il est clair qu'il est temps de lui faire suivre une cure de rajeunissement pour mieux l'accorder aux demandes et aux changements sociaux». Et les commissaires définissaient ainsi les balises de ce chantier:

  • «au-delà des arbitrages qu'il implique sur la place que doit occuper chaque matière, ce renouvellement du curriculum exige un travail de détermination des savoirs essentiels (entendus au sens de savoir, savoir-faire, savoir-être et savoir-vivre-ensemble, selon les termes employés dans le rapport Delors);
  • «prenant appui sur le rapport Corbo, mais en procédant aux réaménagements qu'il nous semble utile de faire et en indiquant la perpective qui nous est propre, nous croyons que ces profils de formation devraient s'articuler autour des 6 grands axes suivants: les langues, le champ de la technologie, de la science et des mathématiques, l'univers social, les arts, le développement personnel et les compétences générales;
  • «la refonte des curriculums du primaire et du secondaire, qui prendra appui sur les profils de formation établis devra à notre avis tenir compte des principes suivants: respecter la mission éducative de chaque ordre d'enseignement en prévoyant la nécessaire continuité qui doit exister entre eux; englober les trois finalités éducatives et les quatre types de savoir; [...] garder à l'esprit que la poursuite de la formation commune doit s'étendre jusqu'à la fin de la 3e secondaire et qu'une diversification est souhaitée pour la suite, assurer un équilibre entre les divers domaines de connaissances, prévoir un étalement équilibré de la matière tout au long de la scolarité; considérer les possibilités d'interdisciplinarité et d'intégration des matières; clarifier la contribution d'autres activités que les cours et d'autres lieux d'éducation; [...] ».

2.6 Conclusion

Cette brève chronologie des réflexions et ce travail inachevé sur la rénovation des curriculums allait amener la ministre de l'Éducation, madame Pauline Marois, à faire du renouvellement du curriculum la deuxième orientation de sa réforme de l'éducation et à demander que des propositions concrètes lui soient soumises en juin 1997.

Certains ont pu trouver ce délai beaucoup trop court pour l'ampleur de la tâche àaccomplir. Il faut pourtant prendre en considération, et c'est ce que nous avons voulu illustrer par ces quelques rappels que nous venons de faire, que le Groupe de travail n'a pas à refaire de son côté tout le chemin parcouru depuis les dix dernières années. Pour s'acquitter de son mandat, il peut et doit, comme l'a souligné la ministre de l'Éducation dans sa présentation du 24 octobre 1996, «s'appuyer sur les travaux des États généraux, puis sur les avis du Conseil supérieur de l'éducation et sur les rapports de plusieurs groupes de travail». C'est ce que nous avons fait.


1. L'école de demain: autre chose que le retour du balancier - Texte d'ambiance servant d'élément déclencheur des activités régionales - Les États généraux sur la qualité de l'éducation - 1985.


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