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L'évaluation, et son compagnon essentiel, l'examen, sont, depuis fort longtemps, associés à l'éducation. En Chine, aussi loin que durant la dynastie des Zhou, les chroniqueurs mentionnent des examens. Déjà, à la fin du septième siècle de notre ère, un système d'évaluation par des examens et des tests était bien en place dans tout l'empire chinois.

Encore aujourd'hui, examens et tests de toutes sortes jalonnent, de façons bien diverses faut-il en convenir, le parcours scolaire des élèves de la plupart des pays. Examen du baccalauréat en France, épreuves des divers examinations syndicates au Royaume-Uni, Scholastic Aptitude Test (SAT) aux États-Unis, épreuves uniques au Québec sont autant d'expressions d'une même réalité, c'est-à-dire des moyens externes à l'école visant à évaluer les apprentissages des jeunes en vue d'une reconnaissance officielle.

Mais ce n'est que depuis une vingtaine d'années que l'évaluation est vue comme pouvant faire partie du processus d'enseignement et d'apprentissage et que l'on a commencé à distinguer l'évaluation formative (celle qui intervient en cours d'apprentissage) de l'évaluation sommative (celle qui sanctionne au terme de la période prévue pour l'apprentissage).

L'évaluation étant l'une des composantes importantes du curriculum, la ministre de l'Éducation a demandé au Groupe de travail d'examiner divers aspects de l'évaluation, tels la sanction des études et la forme des bulletins scolaires.

1. LA PLACE DE L'ÉVALUATION DANS LE SYSTÈME ÉDUCATIF

La place que l'évaluation occupe dans le système éducatif des divers pays est très variable et ce, tant pour des raisons culturelles que pour des raisons politiques ou pédagogiques. Ainsi, elle est pratiquement inexistante dans des pays comme le Danemark et la Suède. Dans ces pays, les élèves, jusqu'à l'âge de 15 ou 16 ans, ne peuvent avoir d'échecs ni redoubler puisqu'ils ne reçoivent pas de notes. En effet, un échec serait perçu comme «un déséquilibre entre l'habileté de l'élève, ses capacités naturelles et le profit qu'il retire de l'enseignement» (Vaniscotte). Le seul examen obligatoire au Danemark est administré à la fin des études secondaires et il n'a pas d'incidence sur les études futures. Les enfants sont maintenus dans une apparente égalité.

Dans les pays germaniques, comme l'Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg, l'orientation précoce des enfants permet d'éviter la problématique de l'échec et du redoublement et rend donc impossible toute comparaison avec d'autres pays à cet égard. On considère que l'enfant qui a des échecs scolaires est d'abord un enfant mal orienté. Dans certains pays, une proportion importante des enfants sont dirigés vers une formation professionnelle courte dès le début de l'enseignement secondaire; l'enfant dans cette situation n'est pas considéré en situation d'échec.

Des pays comme la France, la Grande-Bretagne, et la plupart des États américains et des provinces canadiennes, appartiennent à une catégorie intermédiaire où existent des diversifications internes et des options. La procédure d'évaluation, qui est généralement considérable, se fait à la fin de chaque cycle, quand ce n'est pas à la fin de chaque année. Le redoublement est souvent considéré comme une façon de faciliter la mise à niveau et l'échec scolaire est possible.

Au Québec, avant 1980, l'évaluation n'était pas un élément important du curriculum. Elle n'était généralement pas considérée comme faisant partie intégrante de l'enseignement et sa place était mince, et souvent inexistante, dans les programmes de formation des maîtres. En 1981, toutefois, une politique ministérielle d'évaluation pédagogique était instaurée qui proposait de mettre l'évaluation pédagogique au coeur de l'activité éducative. De nombreuses commissions scolaires firent de l'évaluation un thème privilégié du perfectionnement du personnel enseignant et de nouveaux spécialistes, experts en docimologie et dans des domaines connexes, firent leur entrée dans les écoles et dans les centres administratifs des commissions scolaires. En dépit de certaines dérives, il est indéniable que des progrès énormes ont été accomplis.

Une insistance nouvelle a alors pris forme pour distinguer l'évaluation formative, qui est définie comme un processus d'aide à l'élève en cours d'apprentissage, de l'évaluation sommative, qui arrive comme un bilan au terme de la période prévue pour l'apprentissage. Cette distinction pose encore des problèmes de compréhension dans plusieurs milieux, ce qui a engendré une certaine confusion, notamment en ce qui a trait à la forme du bulletin scolaire dit descriptif. On en est venu aussi à surestimer la vertu des instruments de mesure au détriment du jugement même de l'enseignant ou de l'enseignante.

Des regroupements d'enseignants et d'enseignantes, comme l'Association pour le développement de la mesure et de l'évaluation en éducation (ADMEE), furent très actifs, à l'instar du Ministère lui-même, dans la promotion des activités d'évaluation à l'école; à tel point que l'évaluation en est venue à prendre trop de place dans certains milieux et plusieurs enseignants commencèrent à déplorer le fait qu'ils évaluaient trop et n'avaient plus assez de temps pour enseigner.

De nombreux domaines reliés à l'évaluation des apprentissages mériteraient une attention. Ce n'est toutefois pas l'objet du mandat que la ministre de l'Éducation nous a confié et le temps dont nous disposons ne nous permettrait pas, de toute façon, de les étudier tous. Aussi allons-nous limiter notre examen aux sujets suivants:

  • les correctifs nécessaires dans le domaine de l'évaluation;
  • la sanction des études secondaires;
  • la mise en place d'un mécanisme national d'évaluation des apprentissages;
  • la mise à jour de la politique ministérielle d'évaluation des apprentissages.

2. PROPOSITIONS DE CORRECTIFS DANS LE DOMAINE DE L'ÉVALUATION

On s'entend généralement pour identifier les principales fonctions de l'évaluation comme étant les suivantes:

  • soutenir la progression de l'apprentissage chez l'élève;
  • établir, après une période significative, le bilan des apprentissages réussis et le degré de leur maîtrise;
  • assurer la régulation du système, inviter à la correction des faiblesses observées et influencer le développement des apprentissages et ce, dans l'école, sur un territoire donné ou dans tout le Québec;
  • rendre compte à la population et l'informer de l'état de l'éducation.

S'il y a lieu de recentrer l'école sur l'essentiel, d'y introduire plus de rigueur, d'en rehausser le niveau culturel, d'en faire davantage et mieux le foyer du développement des compétences intellectuelles, méthodologiques et sociales, il faut corriger certaines pratiques et préconiser une nouvelle orientation dans le domaine de l'évaluation.

Nous croyons que des correctifs sont nécessaires quant aux bilans des apprentissages à la fin de chaque cycle, à l'égard de la nature et de la forme des instruments d'évaluation utilisés, à l'égard de l'évaluation de la langue d'enseignement ainsi que de la forme du bulletin scolaire, particulièrement au primaire.

2.1 Le bilan des apprentissages

Le rapport final de la Commission des États généraux sur l'éducation suggère que l'évaluation serve d'abord le cheminement de l'élève et qu'elle soit «utilisée avec modération plutôt que de constituer le but de l'enseignement» (page 6).

Il est largement constaté que l'une des causes les plus importantes du redoublement au secondaire, puis de l'échec, de la non-diplomation et de l'abandon, est le cumul des retards pédagogiques. L'école doit intervenir au moment voulu. Nous recommandons donc de mettre l'accent sur le bilan des apprentissages à la fin de chacun des cycles du primaire et du premier cycle du secondaire, de façon à préciser clairement les déficits par rapport aux résultats attendus et appliquer les mesures requises de remédiation et de soutien pour tous les élèves qui en ont besoin et non seulement pour ceux et celles qui ont des handicaps lourds. Les cycles de deux ans au lieu de trois que nous recommandons pour le primaire devraient favoriser ces efforts de remédiation. Chaque école devrait inscrire dans sa politique d'évaluation les modalités retenues pour effectuer ces bilans d'apprentissage ainsi que les mesures de soutien à mettre en oeuvre auprès des élèves pour lesquels des déficits sont diagnostiqués.

La responsabilité de faire ces bilans devrait d'abord revenir à l'école, aidée de la commission scolaire et du ministère de l'Éducation.

Étant donnée sa responsabilité en matière de planification, de contrôle, d'évaluation et de soutien à l'école, la commission scolaire devrait imposer des épreuves uniques dans les disciplines que prévoit la Loi et déterminer une planification quinquennale de ses interventions dans le domaine du soutien à l'évaluation des apprentissages.

Enfin, le ministère de l'Éducation devrait assumer un rôle général de soutien à l'évaluation des apprentissages. Il pourrait notamment proposer des épreuves d'appoint facultatives dans certaines disciplines pour la fin de chaque cycle du primaire et imposer des épreuves uniques, et ce, en vue de la sanction des études à la fin du premier cycle du secondaire et à la fin du secondaire.

Par ailleurs, la pratique de l'évaluation formative, c'est-à-dire celle qui accompagne la démarche d'apprentissage de l'élève, doit être formellement encouragée, et les programmes de formation initiale des maîtres de même que les activités de formation continue du personnel enseignant doivent contribuer, de toute nécessité, à préparer les enseignants dans cette fonction primordiale de l'acte éducatif. Il est intéressant de noter que le terme anglais «assessment» (évaluation) tire son origine du terme français «asseoir» et qu'il contient l'idée de «s'asseoir à côté de l'élève pour l'aider dans son apprentissage».

2.2 Les changements à apporter dans la nature et la forme des instruments de mesure

Depuis quelques décennies, les épreuves d'évaluation dites objectives, ou standardisées, généralement à choix multiple, ont eu la vogue au Québec, comme un peu partout dans le monde et particulièrement dans les pays occidentaux.

Créés durant la Première Guerre mondiale, les tests objectifs ont connu un essor fulgurant quand on inventa le procédé de la correction mécanisée des feuilles de réponses. Dès lors, tous les champs de l'apprentissage ont été pris d'assaut par les questions à choix multiple, sauf, en fait, les domaines de la formation professionnelle et des arts. Les vertus des examens objectifs sont bien connues: leur administration est peu coûteuse, ils peuvent être administrés à de très grandes populations dans des conditions semblables, ils sont fiables et les résultats sont comparables. Mais, en réalité, ce qui est objectif dans le processus, c'est la correction, les questions, elles, n'ayant rien de nécessairement objectif.

C'est à l'aide des épreuves objectives que les pays, États ou provinces ont pu se doter de systèmes généralisés d'évaluation et que des dispositifs nationaux (comme le National Assessment of Educational Progress aux États-Unis), ou interprovinciaux (comme le Programme d'indicateurs de rendement scolaire du CMEC au Canada), ou internationaux (comme l'International Assessment of Educational Progress ou les épreuves de l'Institute of Educational Assessment) ont pu être mis en place et fournir des renseignements précieux sur la santé des systèmes éducatifs.

Mais, au cours des années 80, notamment sous l'impulsion de Sizer et de Fredericksen aux États-Unis, les examens objectifs ont fait l'objet de nombreuses critiques. Selon la loi de WYTIWYG (What You Test Is What You Get), on a commencé à plaider en faveur de ce qu'on a appelé une «évaluation authentique». On reprochait aux épreuves à choix multiple de s'attarder aux aspects les plus facilement mesurables de l'apprentissage, comme la connaissance et la compréhension, et de négliger les mécanismes intellectuels plus complexes, comme la résolution de problèmes, l'analyse ou la synthèse, l'expression orale et écrite, etc. On reprochait aussi aux épreuves objectives le fait que les élèves ne rédigeaient pas et que l'école était ainsi privée d'occasions privilégiées de promouvoir l'apprentissage et l'usage de la langue écrite. On disait aussi que les épreuves objectives ne favorisaient pas la réflexion en ne donnant pas aux élèves la possibilité d'expliquer leurs réponses et d'expliciter leur pensée.

Des critiques de cet ordre ont eu leurs échos au Québec et ont contribué à infléchir la tendance dominante des examens objectifs. Ainsi, et ce de façon pionnière parmi les provinces canadiennes, le ministère de l'Éducation du Québec administre, depuis 1986, une épreuve de français écrit (composition) corrigée de façon centralisée, en 5e secondaire. De plus, depuis quelques années, il a introduit dans la plupart des épreuves uniques de fin d'études secondaires des questions «à réponses construites», c'est-à-dire exigeant de la part de l'élève de courtes réponses écrites; cette démarche est néanmoins demeurée jusqu'ici assez timide.

Les développements des dernières années dans le domaine de l'évaluation, tant aux États-Unis (dans le performance assessment) qu'ici même au Québec, indiquent, en effet, qu'il y a lieu d'aller beaucoup plus loin. D'ailleurs, les changements importants que nous recommanderons quant à la forme et au contenu des programmes d'études, présentement formulés selon une hiérarchie complexe d'objectifs, militent aussi en faveur de moyens d'évaluation mieux accordés à des visées éducatives plus rigoureuses qui préconisent le développement de l'esprit critique mais aussi de savoirs génériques. Bref, on pourrait dire qu'il faut «mesurer ce qu'on valorise plutôt que de valoriser ce qu'on mesure».

Ainsi, nous recommandons que les épreuves d'évaluation développées tant par les écoles que par le ministère de l'Éducation, aux fins de contribuer à l'évaluation individuelle des apprentissages des élèves, délaissent la forme dite objective (à choix multiple, par exemple) et qu'elles soient plutôt composées de questions ouvertes, c'est-à-dire empruntant aux modèles qui demandent, par exemple, des réponses avec argumentation, des réponses libres, des réponses illustrées par des données, des réponses orales, des activités pratiques, des portfolios particulièrement pour les disciplines artistiques, etc. Ce type d'instrument de mesure correspond davantage aux visées d'intégration des savoirs et de développement de l'esprit de synthèse que préconise la réforme que nous proposons.

2.3 Le cas particulier de l'évaluation des apprentissages de la langue d'enseignement

L'apprentissage de la langue d'enseignement, le français ou l'anglais, comme matière scolaire et comme compétence transversale, est primordial puisqu'il contribue largement à assurer le succès de tous les autres apprentissages, et l'école joue un rôle de tout premier plan quand il s'agit d'apprendre à lire et à écrire. Plusieurs reproches sont adressés à l'école quant à l'insuffisance de sa performance dans ce domaine, et l'un de ceux-là concerne particulièrement l'évaluation des acquis.

On reproche d'abord à l'école de laisser des élèves progresser du primaire au secondaire, puis de la 1re à la 5e secondaire alors qu'ils ont de graves carences en lecture et en écriture. On reproche souvent à l'école de laisser le seul enseignant responsable de la langue d'enseignement s'occuper de la correction et de la valorisation de la langue. Il apparaît évident en effet que le problème de l'apprentissage de la langue, et de l'écriture en particulier, ne pourra être réglé tant qu'il demeurera, à l'école, la seule responsabilité du professeur de français ou d'anglais, et tant qu'on ne se souciera pas de la qualité de la langue dans les autres matières. La qualité de l'écriture implique la clarté du message, la cohérence du texte (même s'il est court), l'emploi d'un lexique approprié, l'utilisation d'une syntaxe correcte, la conformité de l'orthographe d'usage et le respect des règles de l'orthographe grammaticale.

Nous recommandons donc que, à partir du premier cycle du primaire jusqu'à la fin du secondaire, la qualité de la langue écrite soit une préoccupation constante de tous les enseignants et de toutes les enseignantes et dans toutes les matières, selon une approche que les Anglo-Saxons appellent «literacy across the curriculum». Pour qu'une telle mesure puisse être réellement appliquée, nous proposons, pour les travaux autres que ceux de la classe de français ou d'anglais, un jugement global de l'enseignant sur la qualité de l'écriture. Il ne peut s'agir de souligner et de compter toutes les fautes, d'examiner tous les détails, mais plutôt de porter un jugement global sur la qualité de l'écriture de l'élève, et ce, compte tenu de la classe où est rendu l'élève dans son parcours scolaire.

Nous recommandons que, pour tous les travaux écrits, dans toutes les matières, selon la tâche demandée à l'élève, jusqu'à 5 p. 100 des points soient attribués pour la qualité de l'écriture. À cette fin, nous suggérons que le ministère de l'Éducation mette au point des échelles d'appréciation appropriées, simples à utiliser, pour chaque cycle du primaire et du secondaire, à l'usage de tous les enseignants et pour toutes les disciplines autres que le français. Nous suggérons aussi que les personnes qui ont la charge d'enseigner la langue d'enseignement agissent comme ressources auprès de leurs collègues dans cette entreprise.

2.4 Le bulletin scolaire

Les régimes pédagogiques du primaire et du secondaire stipulent que les parents doivent recevoir annuellement au moins cinq communications sur le rendement scolaire et le comportement de leur enfant, quatre de ces communications devant être des bulletins scolaires. Pour l'enfant qui éprouve des difficultés, il est établi que les parents doivent recevoir un rapport chaque mois.

Le nombre annuel de bulletins scolaires ne pose pas problème et, ainsi, nous recommandons que ce nombre soit maintenu à quatre.

Par contre, il semble que la cinquième communication (qui n'est pas un bulletin scolaire et qui prend, dans les faits, des formes multiples y compris une simple lettre de la direction de l'école aux parents) crée des difficultés. Il semble également que la fréquence des rapports aux parents des élèves qui éprouvent des difficultés (un rapport par mois) ainsi que les formules utilisées posent des problèmes. Voilà pourquoi nous recommandons que ce soit le Conseil de l'établissement, s'il le juge à propos, après consultation des parents, qui détermine les modalités de communication particulière aux parents des élèves, autres que le bulletin scolaire.

Mais, les doléances les plus souvent exprimées au sujet du bulletin scolaire touchent sa forme et son contenu, surtout au primaire, et on s'en prend souvent au bulletin dit descriptif. Dans un avis au ministre de l'Éducation intitulé Évaluer les apprentissages au primaire: un équilibre à trouver (1992), le Conseil supérieur de l'éducation, tout en demandant que le bulletin s'harmonise avec les pratiques d'évaluation, recommandait de clarifier et de simplifier les formulaires: «Il importe de se rappeler que le bulletin ne devrait inclure qu'un nombre limité de descripteurs, centrés sur les apprentissages essentiels de chaque matière». Il recommandait au ministre de l'Éducation «de rappeler aux milieux scolaires quelques balises essentielles dans l'élaboration des bulletins, dont celles de la clarté et de la simplicité».

Dans un avis récent à la ministre sur le curriculum du primaire et du secondaire, la Fédération des comités de parents réclame un bulletin scolaire plus uniforme plus lisible et aéré. «L'évaluation devrait être, non seulement cohérente avec les objectifs des programmes, mais permettre aux parents de suivre les progrès de leur enfant comme d'en comprendre les ratés et de savoir où et en quoi ils peuvent l'aider».

Il faut rappeler que le bulletin descriptif, qui n'est pas établi dans toutes les écoles puisqu'il s'agit d'une décision relevant de la commission scolaire selon les dispositions actuelles des régimes pédagogiques, et dont le contenu, la forme et le volume varient énormément d'un milieu à un autre, s'est répandu, à compter du début des années 80, comme un instrument accompagnant les nouveaux programmes d'études et devant, dans l'esprit de plusieurs, aider à leur implantation à cause du nombre et de la complexité des objectifs. Le bulletin descriptif est souvent difficile à comprendre pour les parents et difficile à administrer pour le personnel enseignant.

Tout en voulant favoriser une certaine uniformité, faciliter pour les parents la lecture des rapports d'évaluation en provenance de l'école et promouvoir une certaine culture de la notation, c'est-à-dire l'émergence d'un consensus social implicite minimum sur la signification des notes, le Groupe de travail est toutefois conscient que, dans certains milieux, des acquis sont à conserver puisque les parents et l'école ont convenu d'un contenu de bulletin dont ils ne voudraient pas se départir. Il ne s'agit pas ici de vouloir réparer ce qui fonctionne bien. Cependant, trop d'insatisfactions commandent certains correctifs dans ce domaine.

Voilà pourquoi nous recommandons que, pour le primaire, deux ou trois modèles de bulletin scolaire, clairs, simples et de lecture facile pour les parents, soient proposés aux écoles par le ministère de l'Éducation. Les écoles qui souhaiteront adopter un autre contenu devront le faire adopter par le Conseil de l'établissement après consultation des parents.

En ce qui concerne le bulletin scolaire au secondaire, la situation n'apparaît pas problématique et il n'y a pas nécessité que le ministère de l'Éducation adopte des mesures normalisantes. En effet, à cause des épreuves ministérielles et donc de la nécessité pour les écoles de fournir des notes en pourcentage, le contenu du bulletin s'est maintenu passablement uniforme au cours des années.

3. LA SANCTION DES ÉTUDES SECONDAIRES

La sanction des études est le dispositif par lequel un État reconnaît la scolarité réussie et délivre un titre officiel - attestation, certificat ou diplôme - à la personne qui satisfait aux exigences fixées; une reconnaissance sociale, variable, s'attache par la suite à chacun des titres. Les diverses actions relatives à la sanction des études poursuivent généralement les objectifs suivants:

  • s'assurer que le titre officiel est délivré partout, selon les mêmes conditions et les mêmes exigences;
  • s'assurer que les cours prescrits par l'État et les objectifs obligatoires fixés dans les programmes d'études sont respectés par les écoles et le personnel enseignant;
  • obtenir des données quantitatives et qualitatives sur le rendement individuel et collectif des candidats et des candidates.

Les conditions selon lesquelles se fait la sanction officielle des études varie énormément d'un État à un autre, selon que le système éducatif est très centralisé ou non, que la fonction régulatrice de l'évaluation est valorisée ou non, que l'on souhaite ou pas avoir des données quantitatives et qualitatives sur la diplomation des jeunes. Quoi qu'il en soit, on a pu observer ces deux principales tendances au cours des dernières années:

  • de plus en plus d'États déterminent de façon centralisée et uniforme les conditions de délivrance des diplômes, particulièrement le diplôme d'études secondaires (ou de high school, ou de lycée); c'est le cas notamment de l'Ontario avec la réforme en cours ou de plusieurs États américains dans le cadre du programme national Goals 2000;
  • de plus en plus d'États optent pour des examens uniformes, particulièrement à la fin des études secondaires. Au Canada, en 1977, seules les provinces de Québec et de Terre-Neuve avaient conservé des épreuves uniques; graduellement, les autres provinces les ont réintroduites et présentement neuf provinces administrent de telles épreuves pour la sanction de la fin des études secondaires1. Dernièrement, l'Ontario a confié à un Office de la qualité la responsabilité d'administrer un programme d'évaluation des études secondaires.

Quoique la sanction officielle porte surtout sur la fin des études secondaires, soit après onze, douze ou exceptionnellement treize ans d'études, il peut arriver qu'un autre titre soit aussi délivré pour souligner une étape intermédiaire de la scolarité. D'ailleurs, dans le mandat que nous avons reçu, nous devions examiner la possibilité d'une reconnaissance officielle de la formation acquise au terme du premier cycle du secondaire, c'est-à-dire la 9e année.

Voyons donc les conditions selon lesquelles nous recommandons que les études secondaires soient officiellement reconnues au Québec.

3.1 Le premier cycle du secondaire

Comme cela se fait de plus en plus dans plusieurs États, la formation de base commune au Québec s'étendra jusqu'à la fin du premier cycle du secondaire.

Pertinence d'une reconnaissance ministérielle officielle

Compte tenu de notre mandat, nous nous sommes interrogés sur la pertinence et l'utilité que le premier cycle du secondaire soit couronné par un titre officiel, diplôme ou certificat.

Un certain nombre d'arguments militaient en faveur de l'instauration d'un tel titre. Il aurait d'abord pour effet de bien marquer la fin de l'étape importante qu'est le premier cycle du secondaire et de sanctionner la formation commune à tous les élèves. De plus, il pourrait permettre à des élèves qui quittent l'école sans un diplôme d'études secondaires (DES ou DEP) de pouvoir afficher le succès d'une étape non négligeable de formation. Enfin, certains ajoutent qu'un tel titre pourrait se gagner graduellement une forme de reconnaissance sociale et que des employeurs pourraient éventuellement le reconnaître comme l'un des seuils minimaux de l'employabilité.

Nous avons estimé qu'il y avait là des raisons pour que cette avenue ne soit pas rejetée d'emblée du revers de la main et nous l'avons sérieusement examinée. Nous ne l'avons toutefois pas retenue, finalement, parce que nous croyons que les inconvénients, que nous exposons ci-après, ont plus de poids que les avantages mentionnés.

D'abord, nous croyons que, s'il est vrai qu'un tel titre pourrait, à la rigueur, entraîner une certaine forme de reconnaissance sociale, nous ne savons rien de la nature de cette reconnaissance et encore moins des droits et opportunités qui pourraient en découler pour les élèves. Mais la recherche d'une telle reconnaissance possible nous semble être, par elle-même, un motif pour nous inciter à rejeter cette hypothèse. En effet, elle pourrait contribuer à fixer le terme de la troisième secondaire comme le niveau de référence quant à la reconnaissance des études alors même que tout se conjure et pousse à ce que cette référence continue à se déplacer vers le haut, c'est-à-dire la fin du secondaire et même la fin du collégial.

Puis, nous avons jugé que, si l'on devait fixer des exigences pour la délivrance d'un tel titre, celles-ci seraient sans doute insuffisamment élevées pour les élèves qui - et c'est la grande majorité -, se dirigent normalement vers la fin du secondaire, en formation générale ou en formation professionnelle, ou trop exigeantes pour ceux et celles qui, de façon provisoire ou définitive, continuent leur parcours dans un cheminement alternatif, en apprentissage d'un métier semi-spécialisé, par exemple. Et il pourrait alors arriver la situation contradictoire suivante, que ceux et celles à qui ce titre est destiné seraient justement ceux et celles qui auraient le plus de difficulté à l'obtenir.

Enfin, nous croyons que tout doit être mis en oeuvre, dans le système éducatif, pour que le moins possible de jeunes quittent l'école sans une qualification minimale. Or, la formation de base obtenue jusqu'à la fin du premier cycle du secondaire, même de grande qualité, ne peut prétendre tenir lieu d'une qualification minimale qu'il faudrait coiffer d'un titre officiel. Il faut plutôt mettre l'accent sur la diversification des parcours et permettre aux élèves, à partir de la fin du premier cycle, de poursuivre leur cheminement, en formation générale ou en formation professionnelle, dans des programmes conformes à leurs aspirations et à leurs aptitudes.

Nous croyons donc, comme l'avait d'ailleurs recommandé le Conseil supérieur de l'éducation, dans un avis intitulé Le deuxième cycle du secondaire: particularités, enjeux, voies d'amélioration (1986), que la fin du premier cycle du secondaire, plutôt que d'être le moment d'une sanction officielle marquant la fin d'une étape, soit un temps fort d'évaluation afin de contribuer à la détermination des choix qui commencent à s'offrir aux élèves à l'entrée de la quatrième secondaire.

Un temps fort d'évaluation à la fin du premier cycle

Nous recommandons donc que soit instauré, à la fin de la troisième secondaire, un moment d'évaluation des apprentissages qui ait un caractère de bilan, et qu'il soit notamment marqué par l'administration d'épreuves externes à l'école sous la responsabilité:

  • de la commission scolaire, pour la langue d'enseignement, la langue seconde et les mathématiques et ce, en cohérence avec ce qui est présentement proposé dans l'avant-projet de loi amendant la Loi sur l'instruction publique;
  • du ministère de l'Éducation, pour un certain nombre de matières déterminées par le ministre.

Nous recommandons aussi qu'à partir d'un modèle uniforme proposé par le ministère de l'Éducation, un bulletin récapitulatif officiel soit délivré par la commission scolaire à la fin du premier cycle du secondaire.

3.2 La fin des études secondaires

Le Groupe de travail a examiné certaines alternatives au système présentement en vigueur qui consiste en un cumul d'unités combiné à la réussite obligatoire de certains cours spécifiques. Nous avons notamment considéré la possibilité d'exiger une moyenne minimale annuelle pour l'ensemble des cours suivis combinée à une note de passage pour chaque cours. Nous avons toutefois jugé qu'il y aurait plus d'inconvénients que d'avantages à chambarder la pratique de la promotion par matière et nous proposons d'apporter de sérieux ajustements au régime actuel plutôt que de le remplacer.

Nous recommandons que le diplôme d'études secondaires (DES) soit délivré à l'élève qui a satisfait à la condition suivante:

avoir accumulé au moins 60 unités de 4e et 5e secondaire sur un total minimum possible de 72,

dont obligatoirement les suivantes:

  • langue d'enseignement de 5e secondaire;
  • langue seconde de 5e secondaire;
  • mathématiques de 5e secondaire (ou d'un cours équivalent de 4e secondaire);
  • histoire et éducation à la citoyenneté de 4e secondaire et connaissance du monde contemporain de 5e secondaire;
  • sciences physiques de 4e secondaire.

Par ce changement, les exigences posées pour l'obtention du diplôme d'études secondaires coïncideront avec les conditions générales d'admission au collège.

3.3 Correction de certaines pratiques liées à la sanction des études

Certaines pratiques liées à la sanction des études datent de près de 30 ans et méritent d'être modifiées sans délai puisqu'elles entraînent des effets non désirés sur l'activité éducative. Nous recommandons donc qu'elles soient changées sans attendre.

La forme des épreuves uniques

Nous recommandons que le ministère de l'Éducation maintienne des épreuves uniques dont les résultats compteront pour 50 p. 100 des notes finales et ce, dans les disciplines suivantes:

  • pour le premier cycle: la liste des matières est établie par le ministre en tenant compte de l'avant-projet de loi amendant la Loi sur l'instruction publique qui propose que la commission scolaire puisse administrer des épreuves uniques à la fin de la 3e secondaire dans les matières suivantes: langues maternelles, langues secondes et mathématiques.
  • pour le deuxième cycle: langue maternelle écrite de 5e, mathématiques de 4e et de 5e, sciences physiques de 4e, histoire et éducation à la citoyenneté de 4e, connaissance du monde contemporain de 5e, chimie et physique de 5e, langues secondes de 5e.

Nous recommandons, conformément aux orientations que nous avons esquissées précédemment à cet égard, que les épreuves uniques délaissent graduellement le modèle de questions à choix multiple (dites objectives) et adoptent plutôt une approche à questions ouvertes qui demandent des réponses avec une argumentation, des activités pratiques, des portfolios, etc.

Nous croyons que cette mesure, en plus de corriger certains effets non désirés des procédés d'évaluation, contribuera à atténuer de façon substantielle les biais que la communauté anglophone reproche aux épreuves ministérielles.

Correction des épreuves

Compte tenu de ce que nous avons proposé antérieurement sur la forme des épreuves et sur la non-pertinence qu'elles continuent à être corrigées de façon centralisée, nous recommandons que les épreuves ministérielles soient corrigées localement, par les enseignants et les enseignantes, à partir de grilles de correction uniformes, selon des modalités à déterminer localement. Nous croyons qu'il est plus que temps de redonner son importance au jugement de l'enseignant. Dans un avis publié en 1992, le Conseil supérieur de l'éducation affirmait d'ailleurs qu'au Québec on avait occulté la partie jugement de l'enseignant dans une évaluation «trop centrée sur la mesure».

Une telle orientation requerra une modification à une disposition contraignante de la convention collective des enseignants qui stipule qu'un enseignant ne peut être tenu de corriger les copies d'élèves autres que ceux qui lui sont confiés. Cette orientation pourra aussi nécessiter la mise en place de nouvelles modalités d'organisation des sessions d'examens où la surveillance des élèves et la correction de leurs examens seront prises en compte.

Le traitement des résultats

Compte tenu que la correction des épreuves uniques se fera localement, nous recommandons que le ministère de l'Éducation continue de compter la note de l'école pour une partie de la note finale, mais qu'il abandonne la pratique de la modération2 des notes d'école puisque celle-ci est établie en fonction de la note obtenue à l'épreuve unique, présentement corrigée de façon centralisée et uniforme. Nous croyons que cette mesure est de nature à responsabiliser les enseignants et les directions d'école qui devront analyser et comparer leurs résultats et s'auto-évaluer.

Nous recommandons que le ministère de l'Éducation conserve, dans la Loi sur l'instruction publique (article 470), la possibilité de modifier à la hausse les résultats d'une épreuve unique dans des cas exceptionnels de défauts constatés dans une épreuve, technique appelée conversion3, mais que cette pratique ne soit utilisée que dans des cas extrêmes.

Nous recommandons que les résultats des épreuves uniques, compte tenu de leur forme nouvelle et des nouvelles modalités de correction, ne soient plus utilisés pour établir des indicateurs de rendement des écoles et des commissions scolaires puisqu'ils n'auront plus les qualités de comparabilité nécessaires pour un tel exercice. Tel que recommandé plus loin, nous croyons que le ministère de l'Éducation devrait mettre en place un mécanisme national d'évaluation des apprentissages pour combler cette lacune.

Le français, langue d'enseignement

L'apprentissage du français, langue d'enseignement, prend une importance particulière au Québec. Compte tenu du contexte nord-américain et de la fragilité de ce patrimoine qu'est la langue, la situation du français à l'école commande des mesures de protection particulières. Nous croyons qu'il est devenu intolérable que des jeunes puissent quitter l'école, souvent avec un diplôme, sans une bonne maîtrise de leur langue écrite et parlée. Nous avons déjà fait un certain nombre de recommandations en vue d'apporter des améliorations et nous en formulons d'autres ci-après relativement à l'évaluation des apprentissages.

On tient rigueur à l'école du fait que la note globale en français, et particulièrement en 4e et 5e secondaire, dissimule souvent des insuffisances en écriture, pondérées par des résultats plus forts en lecture ou en communication orale. Plusieurs groupes et organismes ont aussi réclamé du Ministère qu'il remette en vigueur l'épreuve unique en lecture qui a été retirée il y a quelques années.

Voici d'ailleurs la situation en ce qui concerne le rendement des élèves en français écrit (données de 1995):

  • en troisième secondaire:

62,5 p. 100 ont obtenu la note de passage;
68,8 p. 100 ont satisfait aux exigences fixées pour l'orthographe;
47,5 p. 100 ont satisfait aux exigences fixées pour la syntaxe.

  • en cinquième secondaire:

77,8 p. 100 ont obtenu la note de passage;
44,5 p. 100 ont satisfait aux exigences fixées pour l'orthographe;
42,0 p. 100 ont satisfait aux exigences fixées pour la syntaxe.

Les critères fixés pour la syntaxe et pour l'orthographe ne représentent que 40 p. 100 de la note globale. On peut donc conclure qu'il y a un mauvais signal lancé aux élèves quand ils peuvent obtenir la note de passage en français alors qu'ils présentent des carences manifestes en grammaire et en orthographe et qu'ils le savent.

Toute la question de la pondération accordée à chacun des volets de l'apprentissage est d'ailleurs largement critiquée. On estime en effet que la part accordée à la communication orale est encore trop grande. Les pondérations actuelles sont les suivantes:

écriture: 50 p. 100;
lecture: 25 p. 100;
communication orale: 25 p. 100.

Il y a donc lieu de resserrer certaines des conditions relatives à l'évaluation du français, langue d'enseignement, dans le cadre de la sanction des études secondaires.

  • L'évaluation de la lecture

Nous recommandons que le ministère de l'Éducation réintroduise une épreuve unique de lecture en 5e secondaire, et ce, pour bien marquer l'importance de la lecture dans l'apprentissage de la langue maternelle et pour aider les écoles à évaluer une compétence qui présente des difficultés techniques particulières.

  • La pondération accordée à chaque volet du français

Nous recommandons qu'au deuxième cycle du secondaire la pondération actuelle de chacun des volets de l'apprentissage soit remplacée, dans les meilleurs délais, par la suivante, qui est d'ailleurs proposée par le programme de français de 1995:

écriture: 50 p. 100;
lecture: 40 p. 100;
communication orale: 10 p. 100.

Nous recommandons de plus que soit examinée la possibilité que ces pondérations s'appliquent aussi au premier cycle.

  • La réussite obligatoire en écriture et en lecture

Nous recommandons, pour la 3e et la 5e secondaire, qu'on exige des élèves la réussite de chacun des volets «écriture», «compréhension de la lecture» et «expression orale», en plus d'une note globale de 60 p. 100.

Compte tenu des pratiques actuelles dans l'enseignement et l'évaluation de l'anglais, langue d'enseignement - inspirées par l'approche globale dite «whole language», - les groupes rencontrés représentant la communauté anglophone nous ont dit qu'il n'était présentement pas souhaitable que des changements analogues soient proposés pour l'anglais, langue d'enseignement. Ils croient néanmoins qu'il y a lieu de rechercher les moyens les plus appropriés pour faire les diagnostics nécessaires au regard de la compétence des élèves dans leur langue.

4. MISE EN PLACE D'UN MÉCANISME NATIONAL D'ÉVALUATION DES APPRENTISSAGES

Compte tenu des changements importants qui s'imposent dans la forme des épreuves qui servent à l'évaluation aux fins de la sanction des études secondaires et dans les modalités de correction de ces épreuves, les résultats obtenus ne pourront plus servir pour établir des indicateurs de rendement des établissements. Le ministère de l'Éducation doit toutefois se doter des moyens pour continuer à renseigner la population, les responsables locaux de l'éducation, les éducateurs et les éducatrices sur les rendements comparés des différents établissements et il doit se donner, en dehors du processus normal de la sanction des études, un dispositif national d'évaluation des apprentissages, c'est-à-dire une sorte de mécanisme d'évaluation sectorielle du système éducatif.

4.1 Le Québec: une tradition dans le domaine de l'évaluation des apprentissages dans le système éducatif

Le système scolaire primaire et secondaire du Québec a une forte tradition d'évaluation externe à la classe. Les épreuves uniques de sanction des études secondaires, les «examens du Ministère», existent au Québec depuis le début des années 30, et leur existence n'a jamais vraiment été remise en question, même au moment où la plupart des provinces canadiennes, pour des raisons diverses, choisissaient de les abandonner. De plus, depuis 1986, le Québec, devançant en cela plusieurs provinces et pays, publie annuellement le rendement comparatif des commissions scolaires et des écoles privées aux épreuves uniques, et celui des écoles à compter de 1993.

Le Québec a aussi participé à de nombreuses études internationales et interprovinciales sur le rendement scolaire, comme: les études de mathématiques et sciences de l'International Assessment of Educational Progress, dont le Québec a d'ailleurs été un partenaire pour l'administration des épreuves dans les provinces canadiennes et pour le traitement de l'ensemble des résultats; le Programme d'indicateurs de rendement scolaire du Conseil des ministres de l'Éducation du Canada (CMEC) dont le Québec a d'ailleurs été un artisan avec l'Ontario et l'Alberta; la Troisième étude internationale sur les mathématiques et les sciences de l'Institute for Educational Assessment; ainsi que diverses études portant sur l'écriture et la lecture en collaboration avec, notamment, la France, la Belgique et la Suisse.

Nous croyons que, pour des raisons de transparence et d'intérêt du public, le Québec doit continuer à participer activement à ce genre d'activités. Outre les renseignements qu'il obtient sur le rendement des élèves dans diverses disciplines et qui contribuent au pilotage du système, il en retire des bénéfices techniques et professionnels inestimables pour la conduite de ses propres programmes d'évaluation.

4.2 La mise en place d'un mécanisme national d'évaluation des apprentissages

Nous avons, plus haut, recommandé que le ministère de l'Éducation modifie, de façon substantielle, la forme et le contenu des épreuves uniques de sanction des études secondaires et qu'elles soient dorénavant corrigées localement. Si cela est, le Ministère sacrifiera une part de la comparabilité des résultats - à cause notamment de la multiplicité des correcteurs - au profit de l'évaluation d'apprentissages plus complexes tel que nous l'avons expliqué auparavant. Cela nous apparaît une orientation majeure et incontournable.

Pour combler cette lacune, nous recommandons que les économies que le Ministère fera en ne corrigeant plus les épreuves uniques et, notamment, en ne faisant plus une correction centralisée de l'épreuve de français écrit de 5e secondaire, soient investies pour établir un dispositif national d'évaluation des apprentissages administré annuellement auprès d'échantillons représentatifs des élèves du primaire et du secondaire. Il est nécessaire que l'État mette à la disposition des usagers des renseignements aussi objectifs que possible sur les résultats obtenus par les établissements, et permette de pouvoir mesurer les progrès au fil du temps.

S'inspirant du National Assessment of Educational Progress américain (NAEP), mais aussi du modèle anglais récent de l'English National Assessment, des programmes d'évaluation élaborés en France par la Direction de l'évaluation et de la prospective (DEP) ainsi que de l'Office de la qualité récemment créé en Ontario, le mécanisme québécois devrait développer une planification d'opérations d'évaluation conduisant à la publication d'un Bulletin annuel du système éducatif, un peu sur le modèle de l'Annual Report Card aux États-Unis.

Les objectifs d'un tel dispositif seraient les suivants:

  • accroître la connaissance sur l'état du système éducatif au Québec;
  • montrer les rapports entre les ressources investies et les résultats;
  • donner de l'information aux décideurs et décideuses;
  • mesurer les progrès au fil du temps;
  • donner aux responsables d'établissements des renseignements leur permettant d'améliorer le rendement scolaire.

Nous suggérons que le ministère de l'Éducation étudie l'éventualité qu'un tel dispositif soit administré par un organisme externe ou, à tout le moins, par une unité ministérielle non responsable des programmes d'études et des examens.

5. POLITIQUE MINISTÉRIELLE RENOUVELÉE D'ÉVALUATION DES APPRENTISSAGES

La politique du ministère de l'Éducation du Québec relative à l'évaluation des apprentissages a été publiée en 1981 et elle n'a pas été renouvelée depuis. Pourtant, la demande sociale à l'égard de l'école a beaucoup changé depuis seize ans et la mission même de l'école est en voie de connaître une importante réorientation. Des progrès ont été faits au cours des dix dernières années dans le domaine de la pédagogie en général et le domaine de l'évaluation des apprentissages connaît, un peu partout dans le monde, une évolution majeure. De plus, les échanges internationaux, entre les États et grâce aux télécommunications, permettent d'explorer des solutions nouvelles à des problèmes complexes dans un domaine en évolution constante.

L'évaluation n'est pas un domaine neutre. Il met en présence différentes conceptions de l'éducation, des univers de valeurs variés. Selon les approches privilégiées, elle peut favoriser l'exclusion ou l'inclusion, la réussite ou l'échec, la participation ou la sélection. Compte tenu de sa relative nouveauté comme partie intégrante de l'enseignement, de la multiplicité de ses théories et de ses méthodes, elle favorise la prolifération d'écoles de toutes sortes et des tendances diverses qui ne servent pas toujours l'équité et l'égalité des chances.

Voilà pourquoi il nous apparaît nécessaire que le ministère de l'Éducation énonce certaines orientations à privilégier dans ce domaine. Nous recommandons donc qu'il établisse une politique renouvelée d'évaluation des apprentissages. C'est là d'ailleurs un souhait que nombre d'enseignantes et d'enseignants rencontrés formulent avec empressement: «Que le Ministère annonce ses couleurs en évaluation», entend-on souvent. Pour ce faire, nous souhaitons que le Ministère se mette à l'écoute du milieu, et particulièrement des enseignants, des administrateurs scolaires et des universitaires.

Nous proposons que la politique couvre notamment les domaines suivants:

  • une définition de l'évaluation;
  • les principes directeurs inspirant la politique;
  • le rôle de l'évaluation formative et de l'évaluation sommative;
  • la nécessité des bilans d'apprentissages à la fin de chacun des cycles;
  • la forme des épreuves;
  • le bulletin scolaire;
  • le rôle de l'élève lui-même - notamment en contexte d'auto-évaluation ou d'évaluation entre pairs -, du personnel enseignant, de l'école, de la commission scolaire et du Ministère dans l'évaluation des apprentissages;
  • le mécanisme national d'évaluation des apprentissages.

1. Voir sur cette question Evaluating Achievement of Senior High School Students in Canada. A Study of Policies and Practices of Ministries and School Boards, Fragan et Spurrel, CMED, 1995.

2. Modération: opération par laquelle le ministère de l'Éducation veut rendre les notes d'école obtenues par les élèves aussi comparables et aussi objectives que possible. Elle a pour effet de modifier, à la hausse ou à la baisse, la note d'école de chaque élève après l'avoir comparée aux résultats obtenus par son groupe, à l'école et à l'épreuve unique. La modération ne peut donc être établie que s'il y a une épreuve unique corrigée de façon centralisée.

3. Conversion: à cause d'imperfections relevées dans une épreuve, il peut arriver que le taux d'échec soit anormalement élevé. Le Ministère peut alors apporter le correctif nécessaire - par exemple, éliminer une question mal formulée -, ou bien, si ce n'est pas suffisant, procéder à la conversion des résultats. Ce dernier procédé consiste à abaisser légèrement la note de passage ce qui, partant, diminue le taux d'échec. L'article 470 de la Loi sur l'instruction publique stipule que, «afin d'éviter de pénaliser indûment les élèves, le ministre peut réviser les résultats qu'ils obtiennent aux épreuves qu'il impose pour pallier les imperfections ou les ambiguïtés de ces épreuves qui peuvent être portées à sa connaissance après leur passation».


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