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Une des principales conclusions des travaux des dernières années de l'OCDE sur les réformes des curriculums d'études dans les différents pays est que le succès de leur mise en oeuvre ne peut être assuré si elle est faite avec précipitation.

Certains des changements que nous proposons sont importants et ils s'imposeront graduellement au cours des années si certaines des conditions nécessaires sont remplies. Nous tenons à dire que ce sont les enseignants et les enseignantes qui seront, dans leur classe, les maîtres d'oeuvre de la réforme proposée et qu'ils auront besoin de temps et de soutien.

Dans le présent chapitre, après avoir indiqué sommairement que des changements seront nécessaires dans le domaine des programmes d'études, nous présenterons une esquisse d'échéancier, puis certains effets prévisibles sur le personnel enseignant et sur l'organisation de l'école, et une proposition concernant la réallocation de certaines ressources.

1. LES TRAVAUX DE MISE À JOUR ET DE REFONTE DES PROGRAMMES D'ÉTUDES

Nous présentons, dans les annexes 4 et 5, les principales modifications que commandent nos propositions concernant les programmes d'études du primaire et du secondaire. L'annexe 4 décrit brièvement selon quelles perspectives il faut enrichir les contenus de formation pour en rehausser le niveau culturel et pour pallier les insuffisances notées tout au long de nos travaux. L'annexe 5 présente, quant à elle, une vue synthétique des changements requis aux programmes compte tenu de la place nouvelle qu'ils occuperont dans la grille-matières.

Il va de soi que les suggestions de changements que nous proposons ne sont pas exhaustives et elles visent surtout à donner des indications générales sur l'aménagement des contenus de formation. Elles devraient servir de point de départ aux travaux de la Commission nationale des programmes d'études dont nous avons déjà proposé la création au chapitre V, de même que pour les groupes responsables d'élaborer ou de réviser les programmes d'études. Il est bon de noter, d'ailleurs, que plusieurs programmes d'études sont présentement en cours de révision et que, dans bon nombre de cas, ces travaux, souvent fort avancés, seront d'une grande utilité pour donner suite à nos recommandations.

2. UN PROJET D'ÉCHÉANCIER

2.1 Rapport

Juin 1997: diffusion publique du rapport.

Août ou septembre 1997: annonce par la ministre de ses décisions relativement à la réforme du curriculum (suites au rapport).

2.2 Régimes pédagogiques

Série de modifications à proposer à l'automne 1997. Approbation avant mars 1998, et début d'application progressive à compter du 1er juillet 1998 (calendrier d'application intégré à la décision du Gouvernement).

Principales dispositions à modifier pour donner suite aux recommandations du rapport:

PRIMAIRE SECONDAIRE
art. 42 Les cycles art. 31 Cinq jours complets
art. 43 Le temps prescrit art. 33 Cinq jours complets
art. 44 La répartition des matières art. 35 La répartition des matières
art. 45 Formation personnelle et sociale, et activités manuelles  
art. 46 Enseignement de la langue seconde art. 43-44 Le bulletin scolaire
  art. 68 La qualité de la langue
art. 51-52 Le bulletin scolaire art. 69 Les conditions de délivrance du DES
art. 54 La qualité de la langue  

2.3 Loi sur l'instruction publique

Pour donner suite à l'une des recommandation du rapport, une disposition de la Loi sur l'instruction publique, le dernier alinéa de l'article 470 concernant la modération des notes obtenues aux épreuves internes de l'école, devra être modifiée; ce changement mineur devrait être intégré aux amendements qui seront proposés à l'Assemblée nationale à l'automne l997, à la suite de la Commission parlementaire sur l'avant-projet de loi. Si la ministre donne suite à notre recommandation relative à la création d'une Commission nationale des programmes, une modification législative pourrait être aussi nécessaire.

2.4 Échéancier pour le primaire

Échéancier de rénovation et d'application des programmes d'études (planification et cadre d'élaboration établis par la Commission nationale des programmes): avril 1998.

Échéancier terminal global pour l'application, de la 1re à la 6e année, de la nouvelle grille-matières et des programmes d'études rénovés: septembre 2002.

  Fin de production Année de rodage Année d'application obligatoire
Premier cycle avril 1999 1999-2000 septembre 2000
Deuxième cycle avril 2000 2000-2001 septembre 2001
Troisième cycle avril 2001 2001-2002 septembre 2002

2.5 Échéancier pour le secondaire

Les programmes d'études

Échéancier de rénovation et d'application des programmes d'études (planification et cadre d'élaboration établis par la Commission nationale des programmes): décembre 1998.

Les dates indiquées ci-après sont celles de l'application généralisée pour tous les programmes renouvelés du cycle. Chaque école devra se donner son propre calendrier d'implantation dans le respect des obligations liées au nouveau régime de sanction des études.

  Fin de production Année de rodage Année d'application obligatoire
Premier cycle avril 2000 2000-2001 2003-2004
Second cycle avril 2001 2001-2002 2005-2006

La grille-matières

  Année d'application obligatoire
Premier cycle
1re secondaire 2001-2002
2e secondaire 2002-2003
3e secondaire 2003-2004
Deuxième cycle
4e secondaire 2004-2005
5e secondaire 2005-2006
Note: En juin 2006 aurait lieu la première émission du diplôme d'études secondaires (DES) renouvelé.

3. LES EFFETS SUR LE PERSONNEL ENSEIGNANT

Des changements de l'ampleur de ceux que nous proposons entraîneront inévitablement certains bouleversements au sein de la profession enseignante: certains enseignants et enseignantes devront enseigner une autre matière, plusieurs devront mettre à jour leurs connaissances dans la ou les disciplines qu'ils enseignent et nous croyons que tous et toutes devront aborder la classe un peu différemment dans la mesure où certains contenus éducatifs seront dorénavant la responsabilité de tous les maîtres.

Toutefois, la mise en oeuvre des divers éléments de la réforme que nous proposons devra s'étendre sur une période de six ou sept ans, à un moment où, justement, on connaîtra un important renouvellement du personnel enseignant. On estime, en effet, qu'il faudra recruter plus de 25 000 enseignants et enseignantes, au primaire et au secondaire, au cours des cinq prochaines années. Cette situation minimisera les effets de la réforme sur la sécurité et la stabilité en emploi du personnel enseignant.

3.1 Les effets sur les postes

Compte tenu que nous recommandons le statu quo quant au temps global prescrit au primaire et au secondaire, l'effectif enseignant total demeurera inchangé par rapport au curriculum actuel. Nous recommanderons d'ailleurs de conserver les quelque 450 postes (équivalents temps plein) à «encadrement réduit», c'est-à-dire s'adressant à des groupes de vingt élèves, qui auraient pu être excédentaires compte tenu du retrait du cours d'économie familiale de la grille-matières et de la réduction prévue en initiation à la technologie. Nous reviendrons à la question des ressources enseignantes à la fin de la présente section.

Voyons d'abord les champs où l'on peut anticiper des effets sur le personnel enseignant en raison de l'application des nouvelles grilles-matières.

Au primaire

  • augmentation d'un an de l'enseignement de l'anglais, langue seconde; augmentation prévisible de l'effectif;
  • arts: même si plusieurs écoles suivent notre recommandation à l'effet de concentrer l'enseignement obligatoire des arts en musique et en arts plastiques, cela ne devrait pas avoir d'effet significatif sur l'effectif qualifié car les personnes qualifiées en art dramatique et en théâtre sont également qualifiées dans l'une des deux autres disciplines (musique et arts plastiques);
  • les autres changements à la grille-matières du primaire pourront affecter l'emploi du temps des titulaires dans leur classe mais seront sans conséquence sur l'effectif enseignant.

Au secondaire

C'est au secondaire que les changements proposés auront le plus d'effets sur l'effectif enseignant de certains champs disciplinaires:

  • suppression de certaines matières et donc conséquence directe sur l'effectif de champs disciplinaires ou fractions de champs associés à ces matières: économie familiale de 2e secondaire, formation personnelle et sociale et éducation au choix de carrière;
  • dans les champs touchés par ces matières, le nombre d'enseignants et d'enseignantes qui ont 50 ans et plus est très élevé; la proportion de ceux et celles qui ont 30 ans et plus d'expérience est de plus de 25 p. 100. Aussi, au cours des années 1989 à 1993, plus de 25 p. 100 de ces personnes ont occupé des champs autres que celui qu'elles occupent présentement. On peut estimer qu'une personne sur deux des disciplines visées est déjà susceptible d'être employée dans un autre champ. En ce qui concerne, de façon spécifique, l'éducation au choix de carrière, rappelons notre recommandation de maintenir dans l'école l'effectif enseignant équivalent en dépit de la suppression du cours et du programme;
  • diminution prévisible de l'effectif (entre 15 et 30 p.100) en initiation à la technologie (3e secondaire);
  • augmentation de l'effectif dans les champs associés aux matières suivantes: français, langue d'enseignement (augmentation de la plage horaire de 20 p.100 au premier cycle) et sciences humaines (le nombre total d'unités obligatoires passant de 20 à 24). Les modifications proposées concernant la géographie et la suppression du cours d'éducation économique ne devraient pas avoir d'effets négatifs sur l'effectif enseignant compte tenu de l'augmentation significative du temps consacré à l'histoire et de l'introduction d'un nouveau cours de connaissance du monde contemporain en 5e, et compte tenu de la polyvalence des enseignants et enseignantes du champ des sciences humaines. L'effectif à prévoir en ce qui concerne l'ouverture à l'enseignement d'une troisième langue est imprévisible a priori.

En bref

Au total, il faut escompter le maintien de l'effectif actuel. Compte tenu de la quantité importante de départs prévisibles d'enseignants et d'enseignantes au cours des prochaines années et compte tenu de la polyvalence d'un très grand nombre d'enseignants qui pourront être affectés à une autre matière à l'intérieur du même champ ou être affectés à un autre champ en vertu de la polyvalence de leur formation ou en vertu de leur «capacité», nous estimons, nous basant sur les prévisions faites par les spécialiste du ministère de l'Éducation à partir de nos propositions, qu'au maximum 200 mises en disponibilité d'enseignants seront générées dans les prochaines années en raison de l'application des recommandations de notre rapport concernant les grilles-matières. Par ailleurs, compte tenu surtout que les changements proposés seront étalés sur quelques années, il n'est pas irréaliste d'envisager que le total des mises en disponibilité pourrait être nul.

3.2 Les effets sur la formation initiale du personnel enseignant

Les travaux entrepris au début des années 1990 par le ministère de l'Éducation et par les universités pour réformer la formation initiale du personnel enseignant se sont traduits par le développement et la mise en oeuvre récente de nouveaux programmes de formation initiale pour l'éducation préscolaire, et pour l'enseignement primaire et secondaire.

En septembre prochain, les universités offriront aussi des programmes renouvelés en adaptation scolaire. Elles sont présentement à revoir les programmes pour l'enseignement des arts, de l'éducation physique et des langues secondes, programmes pour lesquels les orientations ministérielles ont été arrêtées en décembre 1996.

Nous croyons que l'économie générale de la réforme que nous proposons et plusieurs des recommandations que nous formulons s'harmonisent et appuient les principes à la base même de la révision des programmes de formation des maîtres (l'intégration des programmes, l'importance de la culture générale, la maîtrise de la langue d'enseignement, etc.). Toutefois, il apparaît évident que la mise en oeuvre de cette réforme va commander la révision, sinon une adaptation significative, des programmes de préparation à l'enseignement.

Principaux éléments du projet de refonte du curriculum qui influeront sur la formation des maîtres:

  • l'abolition de certains cours obligatoires;
  • les modifications qui devront être apportées au contenu de certains programmes;
  • l'espace que certains cours occuperont dorénavant dans la grille;
  • les compétences transversales (contenues dans le «programme des programmes») dont devront s'occuper tous les enseignants;
  • le renforcement de l'approche culturelle dans les programmes d'études;
  • la recherche d'une plus grande intégration des savoirs;
  • les nouvelles orientations relatives à l'évaluation des apprentissages et à la sanction des études secondaires.

Effets concrets anticipés de la réforme du curriculum sur la formation initiale à l'enseignement

Les effets anticipés de la réforme proposée du curriculum sur la formation initiale des enseignants sont les suivants:

  • remise en question d'une partie de la formation des personnes inscrites dans des programmes récemment renouvelés qui, compte tenu des modifications qui seraient apportés au curriculum, se prépareraient à enseigner des disciplines qui ne se retrouveront plus dans la grille-matières du secondaire à titre de cours obligatoires autonomes, comme écologie, économie familiale ou formation personnelle et sociale;
  • remise en cause d'une partie des orientations adoptées par le ministère de l'Éducation en décembre 1996 relativement à la formation initiale des enseignants et des enseignantes en arts, en éducation physique et en langue seconde, et à partir desquelles les universités sont présentement à élaborer les nouveaux programmes de formation de ces maîtres. Le principe de polyvalence retenu pour la préparation à l'enseignement de l'éducation physique pourrait être respecté. Toutefois, les modèles en voie d'élaboration dans les universités touchent surtout des disciplines dont l'abolition est proposée ou dont la place sera substantiellement modifiée (comme éducation physique-formation de la personne, éducation physique-biologie);
  • le fait de déterminer des compétences transversales devrait avoir pour effet de mieux établir leur importance tant pour l'admission des candidats et candidates à l'enseignement (NTIC, culture générale, etc.) que pour la définition du dispositif de formation;
  • nécessité de donner aux étudiants et étudiantes se préparant à la profession enseignante, une meilleure formation générale lors de leur formation universitaire. Cette préoccupation doit désormais aussi présider à l'établissement des programmes de formation. Cela peut conduire à des actions de consolidation disciplinaire pour ceux et celles qui se destinent à enseigner au primaire et, pour ceux qui se destinent à enseigner au secondaire, à rendre possible l'utilisation des crédits de formation complémentaire - dont la fonction essentielle est d'assurer la mobilité - dans une perspective de formation générale.

3.3 Les effets sur la formation continue du personnel enseignant

Le rapport final de la Commission des États généraux sur l'éducation avançait que «les réseaux doivent désormais assumer plus sérieusement la formation continue de leur personnel[...] Le perfectionnement au fil de la carrière est devenu une exigence en quelque sorte inhérente à la profession et à son évolution[...] La Commission suggère à cet égard que chaque organisme scolaire:

  • incite les membres de son personnel à préciser leurs besoins de formation;
  • leur permette l'accès à une diversité de lieux et de modes de formation et leur accorde du temps à cet effet;
  • valorise le perfectionnement par les collègues et l'utilisation de l'expertise accumulée dans la pratique;
  • engage, sur cette base, des collaborations avec différents partenaires, dont les universités;
  • et poursuive clairement des objectifs de réinvestissement des acquis dans la pratique». (Rapport final de la Commission des États généraux sur l'éducation, p. 44-45).

Nous croyons que les principaux besoins au regard de la formation continue du personnel enseignant découlant de nos recommandations, sont les suivants:

  • une formation sur les compétences transversales pour tout le personnel enseignant;
  • la nécessaire mise à jour des compétences disciplinaires pour l'enseignement des programmes d'études modifiés;
  • le recyclage d'une partie des personnes qui enseignent une discipline dont la place sera sensiblement modifiée dans la grille-matières.

Mais, au-delà de ces besoins de formation et de perfectionnement déterminés par les changements que nous proposons dans les programmes, le grand défi de l'école primaire et secondaire sera celui du développement d'une culture de formation continue. Elle est peu présente actuellement. Bien des choses l'expliquent dont le rôle d'applicateur qu'on fait jouer à l'enseignant et l'enseignante et l'organisation actuelle du temps qui laisse peu de place à la possibilité de rencontres hebdomadaires entre enseignants. La préoccupation de la formation continue doit être, certes, la responsabilité de chaque enseignant et enseignante, mais les directions d'école doivent la favoriser, la soutenir, la rendre possible dans leur école en lui accordant de l'importance.

4. LES EFFETS SUR L'ORGANISATION DU TRAVAIL À L'ÉCOLE

Au chapitre II, nous avons indiqué qu'il fallait trouver des façons de mieux exploiter le temps de l'école et remettre sérieusement en question le modèle dominant de l'organisation du temps. Il nous apparaît que les possibilités passent par la coopération entre les enseignants et les enseignantes de l'école et la volonté d'intégrer certains apprentissages à la vie scolaire. Elles passent, en définitive, par des formes plus souples et moins morcelées du modèle de détermination de la tâche du personnel enseignant pour permettre une organisation moins mécanique du temps et des séquences d'apprentissage.

La diversification des tâches et l'enrichissement de la fonction générale de l'enseignant, pour permettre des modèles diversifiés et novateurs de répartition des tâches, seraient souhaitables dans le contexte de l'organisation du travail dans l'école à partir des besoins identifiés par l'école et convenus par toutes les personnes intéressées selon une approche consensuelle.

Particulièrement dans le contexte créé par les dispositions de l'avant-projet de loi amendant la Loi sur l'instruction publique, certaines des recommandations que nous faisons vont poser des défis inédits aux équipes-écoles, et au personnel enseignant en particulier. Nous croyons que ces défis seront difficiles à relever si les paramètres de répartition des tâches demeurent aussi rigides qu'ils le sont maintenant et si les rapports entre les enseignants et les directions d'école ne se modifient pas sensiblement.

5. LA RÉALLOCATION DE CERTAINES RESSOURCES

Nous avons déjà établi que l'application du curriculum proposé se fera, selon toute probabilité, à «ressources constantes». Nous avons aussi établi que, compte tenu de l'accent que nous avons mis sur les nouvelles propositions formulées, certains transferts d'effectifs, limités, devront se faire entre certaines disciplines.

Par ailleurs, nous voulons attirer l'attention sur une autre situation, soit l'abolition du cours d'économie familiale en 2e secondaire et la réduction - d'au plus un tiers - de l'effectif étudiant fréquentant le cours d'initiation à la technologie en 3e secondaire, les deux cours étant à «encadrement réduit» c'est-à-dire s'adressant à des groupes d'une vingtaine d'élèves (plutôt que la norme générale d'une trentaine). Cette situation va générer une réduction de l'équivalent d'environ 450 postes d'enseignants et d'enseignantes.

Nous recommandons que ces «récupérations» continuent d'être consacrées à l'effectif enseignant et qu'elles soient affectées:

  • à l'encadrement des élèves pour les activités organisées par l'école en l'information scolaire et professionnelle;
  • à la formation continue des enseignants et enseignantes, particulièrement dans le domaine des compétences transversales, le «programme des programmes», et à la participation du personnel enseignant au projet pédagogique global de l'école.

6. LES EFFETS SUR L'ÉCOLE

L'école est le lieu où l'élève construit sa personnalité, le lieu où il se construit comme sujet personnel. Études, rencontres, tout y concourt. Mais le climat qui règne à l'école, car il conditionne souvent la réussite scolaire de l'élève, est lui aussi déterminant dans cette construction. L'école est le lieu où on s'instruit en vivant ensemble avec d'autres qui sont différents. Vivre à l'école, c'est donc déjà faire l'apprentissage de la vie en société. Mais pour que cette minisociété permette, à travers les études, la construction du sujet de chaque élève, elle doit avoir les traits suivants:

  • elle doit être un milieu vivant. Ce milieu vivant, c'est d'abord celui de la classe où les élèves veulent être respectés, stimulés, soutenus; ils sont très sensibles à l'arbitraire, à l'injustice, à l'iniquité; ils sont prêts à accepter les exigences et l'autorité, mais dans la mesure où elles sont fondées sur la compétence. La relation de l'enseignant à l'élève tient une place considérable, presque anormale dans la réussite de l'élève, car elle est la condition nécessaire de l'activité d'enseigner. Si quelque chose se détraque dans cette relation, l'enseignant n'enseigne pas moins, - il n'enseigne plus rien -. Le milieu vivant, ce sont aussi les activités culturelles, sportives, sociales, extrascolaires dans lesquelles l'élève noue avec ses camarades des relations qui permettent à l'adolescence, à beaucoup d'entre eux, de poursuivre une scolarité qui n'arrive plus à les motiver;
  • elle doit être un milieu où se vivent des valeurs de la vie démocratique. L'école est alors l'espace où droits et libertés de chacun sont limités par ceux des autres, l'espace où la diversité des individus est respectée, mais aussi les règles communes. Une telle école promeut la solidarité, mais elle ne peut accepter l'intolérance, la violence, l'arbitraire, l'intimidation, l'autoritarisme. Le développement intellectuel de l'élève exige la présence, à l'école, d'une société civilisée, c'est-à-dire d'une société où le respect est pratiqué et la sécurité assurée;
  • elle doit être un milieu où le personnel enseignant et les directions d'écoles établissent, entre eux, un réseau réel de communication. Tout le monde s'accorde pour faire de la qualité de la direction d'école un des principaux facteurs de l'efficacité scolaire. Mais si des directeurs ou des directrices d'écoles peuvent amener des améliorations qualitatives dans leur école, ce n'est que dans la mesure où ils travaillent en équipe avec les enseignants et les enseignantes et dans la mesure où ces derniers eux-mêmes travaillent en équipe. «Si les enseignants ne veulent se définir que par la discipline qu'ils enseignent, s'ils ne réfléchissent pas en groupe aux problèmes de la classe dans laquelle ils enseignent et de l'ensemble de l'école, les résultats des élèves sont moins bons que si les enseignants établissent des communications actives entre eux, avec leurs élèves et avec les responsables administratifs» (Alain Touraine - Pouvons-nous vivre ensemble? Égaux et différents, Éditions Fayard, p. 338).

La dévolution des pouvoirs vers l'école, annoncée par l'avant-projet de loi amendant la Loi sur l'instruction publique, vise à raffermir l'école, en en faisant le lieu premier où se nouent et s'organisent les choses. Mais ces choses ne sont pas qu'administratives. Si des pouvoirs nouveaux sont accordés à l'école, c'est pour qu'elle soit, davantage et plus manifestement, ce lieu où les équipes-écoles prennent collectivement en main la formation des élèves et la réalisation des conditions qui la favorisent. Or, les propositions de réforme des programmes que nous avançons exigent, elles aussi, pour être effectives dans l'école, l'existence réelle d'un réseau de communication et de collaboration, ainsi que la création, dans l'école, d'une communauté vivante et civilisée.

Il faut raffermir l'école pour que l'école puisse être réaffirmée.


Chapitre 6 | Table des matières | Annexe 1

 
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