Les orientations
que nous proposons requièrent tantôt des modifications importantes aux programmes
d'études existants, tantôt l'élaboration de nouveaux contenus de formation.
La présente annexe identifie sommairement pour quelques programmes d'études,
selon quelles perspectives ils doivent être révisés compte tenu du rehaussement
culturel préconisé et des insuffisances constatées.
Les constatations que
nous formulons ci-après au sujet des insuffisances notées dans les programmes
et les propositions de rehaussement du contenu culturel ne touchent pas toutes
les matières; aussi, pour les unes, seul l'un des deux aspects a été traité
tandis que pour d'autres, les commentaires touchent à la fois les insuffisances
et les contenus culturels. Pour des indications plus substantielles sur les
changements que nous préconisons, domaine par domaine, il faut se référer
au chapitre III.
Les principaux points
que nous avons retenus sont les suivants:
Le domaine des langues
Français, langue d'enseignement
Les insuffisances
Les nouveaux programmes
d'études, mis en application il y a deux ans, sont plus exigeants que les
programmes antérieurs, les contenus d'apprentissage ayant été enrichis. Le
programme du primaire met davantage l'accent sur la lecture et l'écriture
(syntaxe, lexique) et propose une terminologie grammaticale; des indications
sont données concernant la progression de la complexité des textes à étudier.
Le programme du secondaire demande d'accroître la maîtrise de la langue écrite
par une attention plus soutenue accordée à la lecture et à l'écriture et propose
un travail plus systématique d'utilisation de la langue dans les textes et
de structuration des textes. Il donne une importance accrue à la lecture d'oeuvres
littéraires.
Ce dernier point peut
être accentué, ainsi que nous le proposons ci-après, mais le reste du programme
ne demande pas de réajustements nouveaux - les réajustements du nouveau programme
sont majeurs par rapport à la situation antérieure -, et ils correspondent
aux attentes maintes fois exprimées lors des États généraux sur l'éducation.
Ils devraient aider les enseignants et enseignantes à corriger les insuffisances
constatées chez les élèves québécois en comparaison avec ceux d'autres pays
francophones, dans de récentes études internationales, déficiences particulièrement
marquantes du côté de la grammaire et de l'orthographe.
Le rehaussement culturel
Dans la dernière révision
du programme du secondaire, l'initiation aux richesses culturelles du patrimoine
littéraire du Québec et des pays de la francophonie est explicitement visée.
C'est pourquoi une plus grande place y est accordée aux oeuvres littéraires,
et les élèves doivent, au cours de leurs cinq années d'études, lire un minimum
de vingt ouvrages littéraires. De plus, les textes étudiés sont aussi abordés
pour eux-mêmes et non comme seule illustration du discours. Il y a donc eu,
relativement à la situation antérieure, une accentuation de la perspective
culturelle, mais nous croyons que cette situation peut être améliorée sur
deux points:
- un corpus d'oeuvres
littéraires a été constitué (voir De la lecture à la culture, Sélection
commentée d'ouvrages de fiction pour le secondaire, Michelle Provost,
SDM, Montréal, 1995). Il comprend près de trois cents oeuvres littéraires
narratives dont près de 60 p. 100 sont des textes de littérature québécoise
et près de 20 p. 100 des grands classiques de la littérature francophone.
Ce corpus devrait être réduit à cent oeuvres dont 50 p. 100 devraient donc
être des ouvrages d'expression française autre que québécoise. Certains
de ces ouvrages pourraient être aussi des traductions de grandes oeuvres
littéraires dont le renom a franchi la critique des siècles successifs.
Dans l'étude des expressions culturelles de la langue d'enseignement, on
ne peut se contenter de l'étude des expressions culturelles de sa propre
zone géographique car la culture à laquelle nous appartenons s'étend au-delà
de cette zone. Ce corpus devrait en outre s'enrichir d'oeuvres de poésie
et de théâtre de façon à ce que les élèves soient amenés à connaître les
oeuvres dramatiques renommées et les grands classiques de la poésie d'expression
française;
- le corpus d'oeuvres
à étudier par année ou par cycle doit présenter des oeuvres dont l'étude
permet de s'approprier, non seulement les genres différents, mais aussi
un minimum de cadre historique. Ce cadre historique doit permettre une meilleure
intégration des éléments du contenu des cours d'histoire et d'histoire de
l'art.
Enfin, il y aurait aussi
lieu de constituer un tel corpus pour le primaire, formé d'oeuvres de littérature
de jeunesse, de poèmes, de comptines et de chansons.
Anglais, langue d'enseignement
Les insuffisances
En collaboration avec
plusieurs représentants des divers secteurs de la communauté anglophone, dont
les milieux d'affaires, les responsables du Ministère sont en train de redéfinir
les compétences minimales en anglais, langue d'enseignement au terme des études
secondaires.
Le rehaussement culturel
Nous croyons que les mêmes
orientations que celles concernant le français, langue d'enseignement, à l'égard
des contenus littéraires, devraient s'appliquer en anglais. Il y a lieu de
noter, toutefois, que l'enseignement de l'anglais au Québec fait, traditionnellement
et depuis longtemps, une large place à la littérature.
Langues modernes
Les programmes de langues
modernes (espagnol, italien, allemand, etc.) devront accorder une place à
des éléments de civilisation: pays où la langue est parlée, les principales
oeuvres littéraires et les écrivains reconnus, les publications documentaires,
etc.
Le domaine des mathématiques,
des sciences et de la technologie
Mathématiques
Le rehaussement culturel
Les mathématiques ne présentent
guère, dans les programmes actuels, des éléments historiques. Tout se passe
comme si la géométrie, le calcul, l'algèbre et la trigonométrie étaient sortis,
tout armés et sans tâtonnement ni développement, de la tête de mathématiciens
et axiomaticiens. Seuls quelques manuels rappellent parfois les éléments historiques
et le contexte de certains développements mathématiques. Cette orientation
doit être recherchée plus systématiquement. Et les programmes d'études doivent
explicitement donner des indications permettant d'ouvrir à des perspectives
historiques.
Sciences
Les insuffisances
Nous devons signaler l'état
déplorable de l'enseignement des sciences au primaire. Dès 1990, le Conseil
supérieur de l'éducation attirait l'attention du ministre sur cette question.
Depuis, rien n'a été fait pour corriger la situation. Le programme, établi
au début des années 80, est un mini-programme d'écologie qui étudie les relations
entre le vivant et l'environnement. Ce programme ne donne pratiquement aucune
notion physique et la curiosité scientifique n'y est pas suffisamment stimulée.
Nous devons cependant préciser que l'insuffisance de l'enseignement des sciences
au primaire n'est pas qu'une question de programme. C'est aussi et peut-être
surtout une question de formation des maîtres. Nombreux sont celles et ceux
qui n'ont aucune formation scientifique de base et les conseillers pédagogiques
en sciences n'ont généralement pas de formation en sciences. Aussi ne faut-il
pas s'étonner que 13 % des enseignants et enseignantes du primaire affirment
ne consacrer aucun temps à l'enseignement des sciences.
Technologie
Les insuffisances
L'approche de la technologie
comme application ou comme élément constitutif de la science est très peu
développée dans les programmes de sciences. On décrira aux élèves les orbitales
moléculaires, mais on ne leur dira rien des techniques de la chimie courante
comme celles de la cuisson des aliments ou du développement des images photographiques.
Le rapport Corbo indique des techniques que l'élève devrait connaître et comprendre
dès le primaire. Un travail doit cependant être entrepris pour déterminer
les techniques dont on étudiera le fonctionnement et leur rapport avec les
connaissances scientifiques qu'elles permettent ou supposent et ce, tant pour
le primaire que pour le secondaire.
Le rehaussement culturel
des sciences et de la technologie
Le programme d'études
des sciences fait une place timide à l'approche STS, c'est-à-dire un enseignement
axé sur les interactions entre les sciences, la technologie et la société.
Cependant, étant donné les résistances à une telle approche, nous nous permettons
d'insister.
Jusqu'à maintenant, de
nombreuses personnes estimaient que la formation en sciences n'était indispensable
que pour ceux qui comptaient poursuivre des études universitaires. Cette tendance
a été renforcée par l'introduction, au cours des années 60 et 70, de cours
insistant sur les concepts et les méthodes des sciences, présentant des notions
théoriques relativement complexes et visant manifestement à accroître le nombre
d'ingénieurs ou de scientifiques. Or, ces cours négligent le contexte social
et donnent surtout de l'importance aux notions théoriques complexes. La perspective
culturelle de l'enseignement des sciences que préconise l'approche STS, doit
être systématiquement présente au primaire et au premier cycle du secondaire.
Le domaine de l'univers
social
Histoire
Les insuffisances
Un certain nombre d'insuffisances
ont déjà été signalées dans le rapport Lacoursière. Nous faisons nôtres les
propositions suivantes qui concernent les programmes d'études. L'histoire
nationale doit être plus ouverte aux trois éléments suivants:
- la participation des
populations autochtones à l'histoire du Québec;
- le rôle de la communauté
anglophone dans le développement de la société québécoise;
- l'apport des différentes
vagues d'immigration dans l'évolution de notre société.
Par ailleurs, l'enseignement
de l'histoire nationale doit être élargi de façon à ce que les principaux
éléments qui la composent puissent être replacés dans des contextes plus larges:
par exemple, l'arrivée des Français en Nouvelle-France doit être située dans
le mouvement plus large des conquêtes des nouveaux mondes par les Anglais,
les Hollandais, les Espagnols, les Portugais, et l'étude des deux grandes
guerres mondiales ne doit pas se restreindre à l'étude de la participation
canadienne ou à l'attitude des francophones face à la conscription.
Les lectures de l'histoire
nationale peuvent varier selon la perspective identitaire dans laquelle on
se place. Les anglophones du Québec ne désirent pas un contenu historique
qui leur serait propre. Cependant, l'analyse des manuels français et anglais
de l'histoire du Québec et du Canada montre, ce qui est normal, des différences
quant à l'importance accordée à certains faits. Les élèves de chacune des
communautés, anglophone et francophone, doivent, pour certains faits historiques
communs aux deux communautés, être initiés aux lectures différentes de leurs
communautés.
Le rehaussement culturel
En histoire, introduire
une perspective culturelle, c'est ne pas se contenter d'événements qui ont
une influence sur l'organisation sociale et politique. C'est s'intéresser
aussi aux hommes en société. Deux préoccupations doivent être manifestées
dans l'enseignement de l'histoire:
- un intérêt porté aux
créations matérielles et spirituelles des sociétés: inventions techniques,
institutions, créations artistiques, modifications économiques. Dans les
programmes actuels, on le fait quand on étudie des sociétés éloignées dans
le temps, les civilisations, mais on le fait moins quand les événements
étudiés sont plus proches;
- un intérêt porté, non
seulement aux hommes et aux femmes d'exception qui participent au pouvoir,
mais aussi aux grands mouvements créateurs: idéologies culturelles, politiques,
économiques.
Géographie
Les insuffisances
Aucune insuffisance particulière
ne nous a été signalée dans ce programme. Cependant, nous pensons que:
- des connaissances concernant
le monde (connaissance des continents, des pays, des villes) doivent être,
comme le demande le rapport Corbo, une partie constitutive du programme
de géographie et ce, dès le primaire;
- les aspects de la géographie
humaine doivent être renforcés, notamment en ce qui concerne l'aspect économique;
- l'étude de la géographie
ne peut se réduire à celle du Canada. L'étude des principaux ensembles géographiques,
des contraintes et des opportunités, qui en constituent les enjeux, doivent
faire partie des savoirs essentiels.
Le domaine des arts
Le rehaussement culturel
L'art est souvent considéré
comme une activité culturelle parce que les productions artistiques sont les
manifestations de l'activité créatrice de l'homme. Or, les programmes actuels
en art visent essentiellement à faire expérimenter à l'élève cette activité
créatrice. Cela ne peut suffire si on veut introduire aussi dans cet enseignement
une perspective culturelle plus affirmée. Des éléments d'histoire de l'art
et une initiation aux productions significatives passées et actuelles doivent
être davantage présents dans les programmes.