Le secteur de l'éducation des adultes s'est intéressé à la prévention de l'analphabétisme principalement par l'entremise des adultes qu'il reçoit dans les activités de formation. D'une part, la présence croissante des jeunes ayant participé aux activités d'alphabétisation à l'école et les recherches menées auprès de ces derniers ont stimulé la réflexion sur la prévention. D'autre part, les demandes de formation des parents inscrits aux activités d'alphabétisation pour des services de formation en relation avec l'exercice de leur rôle d'éducateurs et de guides à l'apprentissage auprès de leurs enfants ont amené les organismes à adapter leurs services aux besoins particuliers des parents et à inscrire leurs actions dans des approches préventives. En 1995, la DFGA se donnait un nouvel objet de travail, la prévention, dont la priorité consistait à réfléchir au rôle de l'éducation des adultes dans le domaine en vue de proposer des actions cohérentes avec la mission du secteur de l'éducation des adultes.
1.1 Des projets dans les groupes d'alphabétisation populaire autonome et dans les commissions scolaires
Depuis plus de vingt ans, des groupes d'alphabétisation populaire autonome et des commissions scolaires sont engagés dans des actions d'alphabétisation. La plupart de ces actions ont pour but d'aider les adultes à mieux lire et écrire afin qu'ils et elles puissent devenir plus autonomes, participer à la vie communautaire, culturelle et économique, et poursuivre leur apprentissage. Cependant, au cours des dernières années, avec l'arrivée des jeunes dans les services d'alphabétisation et les demandes de soutien des parents ayant de jeunes enfants, des organismes ont intégré à leurs services des activités pour prévenir l'analphabétisme ainsi que l'échec et le décrochage scolaires. Certains, surtout du côté des groupes d'alphabétisation populaire autonome, ont même fait de la prévention de l'analphabétisme leur mission principale. Ils offrent, entre autres choses, une formation sur les compétences parentales et des ateliers de lecture ou mènent des actions de sensibilisation dans les écoles. Les organismes d'alphabétisation5 oeuvrant en prévention interviennent de plus en plus tôt dans la vie des enfants, par l'intermédiaire des parents, et proposent plus de projets qui associent les parents et leurs enfants.
La prévention de l'analphabétisme est devenue une priorité pour le secteur de l'éducation des adultes. En effet, en 1995, on comptait 53 projets en la matière dans les groupes d'alphabétisation populaire autonome et les services d'éducation des adultes des commissions scolaires6. Cependant, le financement incertain, la demande importante pour des services autres que préventifs, la difficulté de mesurer les effets des actions qui se manifestent à long terme et le manque d'intérêt des gestionnaires pour le sujet ont constitué les principaux freins au maintien de ces projets, financés surtout par le Programme de soutien à l'alphabétisation populaire autonome et les Initiatives fédérales-provinciales conjointes en matière d'alphabétisation (IFPCA).
Enfin, en 1996, des regroupements en alphabétisation prennent position en faveur de la prévention. L'Équipe interrégionale en alphabétisation (EIA) dépose un mémoire à la Commission des États généraux, dans lequel elle recommande de mener des actions visant à favoriser l'éveil à la langue écrite dès l'éducation préscolaire et d'associer les partenaires éducatifs aux actions préventives7. En plus d'un mémoire déposé aux États généraux, le Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec (RGPAQ) a publié, en 1996, Le plan national d'action en alphabétisation dont un volet porte sur la prévention. Des mesures concrètes sont proposées pour stimuler la lecture et l'écriture. Parmi elles, on recommande de faire une place réelle aux jeunes du primaire et du secondaire qui ont besoin de démarches d'apprentissage différentes, d'élaborer des mesures plus énergiques pour contrer le décrochage scolaire, d'organiser des campagnes de valorisation de la lecture, d'accroître l'accessibilité aux bibliothèques, d'y renforcer le soutien à l'animation du livre, d'organiser des campagnes de sensibilisation et d'accroître les moyens financiers des garderies pour leur permettre de travailler au développement du goût de la lecture chez les enfants d'âge préscolaire8.
5. Le terme «organisme d'alphabétisation» désigne les commissions scolaires et les groupes d'alphabétisation populaire autonome.
6. Sylvie ROY et autres. Prévention de lanalphabétisme à léducation des adultes : état de situation et réflexion, document de travail, Direction de la formation générale des adultes, Service d'alphabétisation, ministère de l'Éducation du Québec, 1995, p. 17.
7. ÉTATS GÉNÉRAUX SUR L'ÉDUCATION, ÉQUIPE INTERRÉGIONALE EN ALPHABÉTISATION. Mémoire, Montréal, juin 1995, p. 14 à 16.
8. REGROUPEMENT DES GROUPES POPULAIRES EN ALPHABÉTISATION DU QUÉBEC. Plan national d'action en alphabétisation, Montréal, 1996, p. 46 et 47.