Du côté gouvernemental et paragouvernemental, deux positions ont été adoptées en faveur d'actions à mener à l'éducation des adultes pour prévenir l'analphabétisme. En 1990, année internationale de l'alphabétisation, le Conseil supérieur de l'éducation, dans un avis au ministre de l'Éducation intitulé L'alphabétisation et l'éducation de base au Québec : une mission à assumer solidairement10, recommandait que des actions préventives soient entreprises. Près de six ans plus tard, dans le rapport des États généraux sur l'éducation11, on fait état de l'importance d'intervenir tôt dans la vie des enfants et de mener des actions de prévention auprès des familles.
2.1 Les États généraux sur l'éducation et la prévention de l'analphabétisme
Après avoir consulté les acteurs et actrices sociaux et scolaires pendant plus d'un an, la ministre de l'Éducation a engagé le Québec dans une réforme du système de l'éducation, dont le principal défi est d'accroître la réussite du plus grand nombre d'élèves possible. Ainsi, plus de jeunes quitteront l'école avec leur diplôme en poche, et en sachant lire et écrire. Pour accroître le taux de réussite des élèves, l'école devra miser sur le partenariat avec les acteurs et les actrices de tous les milieux intéressés.
Les groupes cibles
Il est nécessaire d'intensifier les efforts en vue de prévenir et de combattre l'analphabétisme dès la petite enfance chez les populations les plus touchées par l'échec et le décrochage scolaires. À cette fin, on devra axer la prévention du côté de la petite enfance et de la formation continue.
La petite enfance
Plusieurs recherches démontrent qu'il est bénéfique d'intervenir tôt dans la vie des enfants des milieux défavorisés si l'on veut diminuer le nombre de retards et d'échecs scolaires, de même qu'il est souhaitable de solliciter la participation des parents. Les États généraux font état des besoins des parents ayant de jeunes enfants, et plus particulièrement de ceux qui viennent des milieux défavorisés. C'est pourquoi la ministre a annoncé la création de centres pour les enfants de moins de 4 ans - en s'appuyant sur la structure actuelle du réseau de garderies -, la création de maternelles à temps plein pour les enfants de 5 ans, le maintien des maternelles à mi-temps pour les enfants de 4 ans et du programme Passe-partout. Enfin, pour assurer la cohérence et la continuité des interventions dans le domaine, le ministère de l'Éducation a révisé son programme d'éducation préscolaire et élaborera, avec l'Office des services de garde, un programme d'activités éducatives.
Le secteur de l'éducation des adultes peut contribuer au succès des travaux de la ministre en faisant connaître les difficultés et les besoins des parents qui ont de faibles capacités de lecture et d'écriture. Il peut aussi suggérer que des activités d'éveil à la langue écrite, engageant les enfants et - lorsque cela est possible - leurs parents, soient systématiquement intégrées au nouveau programme. Il peut également se demander comment, à partir de ses ressources, soutenir les parents dans leur rôle d'éducateurs et d'éducatrices. Finalement, il peut partager, avec les organismes qui travaillent auprès des enfants, les connaissances et les outils qui résultent de la réalisation de ses projets de prévention.
La formation continue
La ministre instaurera une politique de formation continue pour garantir l'accès à la connaissance dans un monde en constante évolution et permettre aux adultes de s'acquitter avec succès de leurs rôles sociaux et professionnels. L'un des volets importants de cette politique sera consacré à l'alphabétisation, puisque sans formation de base en lecture, en écriture et en calcul, tout apprentissage demeure difficile.
Par ailleurs, la ministre reconnaît que la formation et l'éducation ne sont pas exclusives à l'école, et que la vie familiale, associative et communautaire, les institutions culturelles et le monde du travail fournissent une multitude d'occasions et de lieux d'apprentissage.
Enfin, comme cela est mentionné dans le rapport final des États généraux sur l'éducation, sur le chapitre de la formation continue, «des efforts particuliers doivent être faits pour obtenir la collaboration active des familles dans les milieux économiquement défavorisés et parmi les populations les plus touchées par l'analphabétisme, de sorte qu'elles puissent être soutenues dans leur tâche d'encadrement des enfants pour ne pas compromettre l'acquisition des bases nécessaires à leur formation continue12».
Les organismes qui oeuvrent dans le secteur de l'éducation des adultes ont un rôle important à jouer dans la mise en oeuvre de la politique de formation continue. Ils ont appelés, notamment, à définir des interventions de nature préventive en formation et en éducation communautaire. Ils peuvent, par exemple, offrir une formation sur les compétences parentales à ceux et celles qui ont de jeunes enfants ou des enfants qui fréquentent l'école primaire; apporter un soutien aux adultes pendant la formation afin de les aider à mettre en pratique leurs capacités à lire et à écrire à la maison, dans la communauté et au travail; sensibiliser des organismes ou des entreprises pour leur démontrer qu'ils peuvent jouer un rôle actif dans l'actualisation et le maintien des capacités de lecture et d'écriture de leur personnel, et pour les inviter à jouer ce rôle.
10. CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'ÉDUCATION. L'alphabétisation et l'éducation de base au Québec : une mission à assumer solidairement, Sainte-Foy, février 1990, 62 p.
11. LES ÉTATS GÉNÉRAUX SUR LÉDUCATION. Rénover notre système déducation : dix chantiers prioritaires, Rapport final de la Commission des États généraux sur léducation, gouvernement du Québec, ministère de lÉducation du Québec, 1996, 90 p.
12. LES ÉTATS GÉNÉRAUX SUR L'ÉDUCATION. Rénover notre système déducation : dix chantiers prioritaires, Rapport final de la Commission des États généraux sur léducation, gouvernement du Québec, ministère de lÉducation du Québec, 1996, p. 37.