3.4 Des exemples de projets de recherche-action en prévention subventionnés par la DFGA
Au nombre des facteurs qui favorisent l'appropriation de l'écrit, on trouve, par exemple, l'occasion de lire et d'écrire fréquemment à la maison, au travail, dans la communauté, la possibilité de s'identifier à des modèles, de communiquer avec d'autres par écrit et de discuter avec eux de la langue écrite. Une personne de l'entourage, la famille, le quartier, le milieu de travail et l'école peuvent contribuer à une meilleure appropriation de l'écrit . Cependant, il est pertinent de s'interroger sur la façon dont chacun peut être le plus utile. Les deux projets pilotes subventionnés par la DFGA fournissent quelques réponses. Pour une description complète des projets de l'éducation des adultes jusqu'en 1995, on peut consulter le document Prévention de l'analphabétisme à l'éducation des adultes : état de situation et réflexion, préparé pour la DFGA en 1995.
Le projet De A à Z, on s'aide!
De A à Z, on s'aide! est un projet de recherche-action conçu par la Commission scolaire Jacques-Cartier. Il s'appuie sur cinq champs de recherche : l'émergence de l'écrit, l'intervention précoce, l'intervention familiale, l'appropriation de l'écrit et l'action communautaire. Destiné aux familles d'un quartier populaire et à leurs enfants âgés de 0 à 4 ans, il a comme objet de soutenir les parents analphabètes et peu scolarisés dans leurs efforts pour favoriser le développement global de leurs enfants et l'émergence de l'écrit chez eux. Il s'agit d'aider les parents d'enfants de moins de 4 ans à stimuler le développement global de leurs enfants et à les initier à la langue écrite, et de favoriser l'éveil à l'écrit chez les enfants d'âge préscolaire.
On y privilégie la concertation et la mobilisation de tous les acteurs et actrices intéressés à prévenir l'analphabétisme dans les familles d'un quartier défavorisé de Longueuil, selon les missions respectives des organismes et avec les ressources dont on dispose. Les partenaires sont donc invités à mettre leurs connaissances et leur expérience en commun pour définir des moyens de prévenir l'analphabétisme et à ajouter des activités à leur programme, sans pour autant recourir à de nouvelles ressources. Les aspects importants sont la mobilisation des acteurs et actrices qui travaillent avec les parents ou avec leurs enfants et la mise en commun des ressources pour définir des actions cohérentes et continues.
Ainsi, De A à Z, on s'aide! regroupe de nombreuses activités des organismes du quartier. Par exemple, un hôpital aide les nouveaux parents à mieux connaître leur nouveau-né, leur donne un guide sur le développement de leur bébé et les sensibilise à l'importance de raconter des histoires à leur enfant et de créer un milieu stimulant. Des bénévoles du centre d'action bénévole assistent les parents dans les soins à apporter à leur enfant la première année et leur proposent des activités qui en activeront le développement global. À la première rencontre, un document intitulé De la naissance à l'école, rédigé dans un style simple, est remis aux parents. On y décrit les principaux aspects du développement de l'enfant de 0 à 4 ans et on y propose des façons d'éveiller l'enfant à la langue écrite. Des ateliers sur les compétences parentales relativement au développement de l'enfant et à son initiation au monde de l'écrit sont offerts aux parents et aux enfants âgés de 2 et 3 ans. Une formation sur les compétences parentales est donnée par le Service d'éducation des adultes de la Commission scolaire, et des activités destinées aux enfants sont offertes par la municipalité dans les locaux d'un organisme communautaire. Des rencontres ont lieu à domicile, dans les familles qui ont des enfants de 3 ans, pour donner le goût de la lecture en famille, mais surtout pour proposer des modèles aux parents qui veulent éveiller leur enfant à la langue écrite. Enfin, un outil simple destiné aux organismes de la communauté et aux parents aide à observer comment les enfants se représentent l'écrit et propose des activités pour développer la conscience de l'écrit des enfants. La Direction de la santé publique a collaboré à la mise au point des moyens d'évaluation du projet De A à Z, on s'aide!. La Direction de la recherche du ministère de l'Éducation, pour sa part, a aidé à déterminer les éléments qui doivent faire l'objet d'évaluation. Enfin, plusieurs outils ont été conçus pour le projet. Ils seront disponibles et diffusés après expérimentation.
Le projet Au-delà des cartables et des feuilles mobiles
Le projet Au-delà des cartables et des feuilles mobiles a été conçu par la Boîte à lettres, de Longueuil, un groupe d'alphabétisation populaire autonome. Ce groupe tente de cerner la nature exacte du processus «figé» d'appropriation de l'écrit des jeunes qui fréquentent des ateliers d'alphabétisation, afin de mettre sur pied des activités et de trouver des moyens permettant de redynamiser le processus d'apprentissage de la lecture et de l'écriture chez les jeunes.
Le projet permet par ailleurs aux jeunes inscrits à des ateliers d'alphabétisation de s'interroger sur la façon dont ils et elles concevaient la lecture et l'écriture avant leur démarche d'alphabétisation et sur leur perception, pendant cette démarche.
Une théorie, celle de l'appropriation de l'écrit de Jean-Marie Besse, une méthode, celle de l'approche biographique, un processus de recherche, celui de la recherche-action-formation, forment les paramètres à l'intérieur desquels les réflexions et les actions s'orchestrent, dans une perspective d'alphabétisation populaire et de conscientisation.
Au-delà des cartables et des feuilles mobiles a été conçu à la suite d'un bilan qui a amené la Boîte à lettres à modifier sa mission, et après que certaines observations eurent poussé l'équipe à étudier en profondeur la façon dont les jeunes perçoivent la lecture et l'écriture, notamment en ce qui a trait au ´transfert des acquisª, en atelier d'alphabétisation et dans la vie quotidienne.
Le projet est dirigé par une équipe de recherche-action-formation, regroupant douze jeunes d'un atelier d'autobiographie, trois permanentes de l'organisme, une agente de recherche, une chercheuse-conseil de l'UQAM et une assistante de recherche. Un comité-conseil, formé de personnes de la CEQ, de l'UQAM, du RGPAQ et du MEQ donne régulièrement son avis sur l'ensemble de la démarche. Tous ces acteurs et actrices joignent donc régulièrement leurs efforts, leur expérience et leurs connaissances pour stimuler la recherche dans le domaine et donner lieu à de nouveaux savoirs.