Dans la présente section, nous proposons un but et des objectifs qui pourraient être visés par les personnes intéressées à la prévention de l'analphabétisme, de même que des actions pouvant contribuer à leur atteinte. Nous nous sommes largement inspirés des recherches précitées et du document de travail préparé par la DFGA en 1995 Prévention de l'analphabétisme à l'éducation des adultes : état de situation et réflexion52. Nous avons également tenu compte des commentaires exprimés par des représentants du secteur de l'éducation des adultes53 et des recherches sur la prévention de l'analphabétisme.
4.1 Un but prioritaire
Le but à atteindre en matière de prévention de l'analphabétisme est de faire en sorte que tous les Québécois et toutes les Québécoises puissent s'approprier l'écrit selon leurs objectifs, leurs besoins et leur culture, pour leur mieux-être et celui de leur communauté..
4.2 Des objectifs
Il est possible d'entreprendre des actions de prévention avant les apprentissages scolaires, pour favoriser l'émergence de l'écrit chez les enfants et ainsi les préparer à apprendre, pendant la période de scolarisation, pour soutenir leurs apprentissages, ou après cette période, pour assurer le maintien des capacités de lecture et d'écriture à un niveau leur permettant d'être autonome, comme adultes, d'accomplir leurs activités quotidiennes et de poursuivre leurs apprentissages tout au long de leur vie. Cependant, à la lumière de l'information que nous avons présentée dans le présent document et à la suite des discussions qui ont eu lieu avec les responsables de différents organismes et regroupements qui s'intéressent à l'éducation et à l'alphabétisation des adultes, il est proposé de définir des projets en fonction de deux objectifs principaux :
Favoriser une meilleure appropriation de l'écrit parmi les familles des milieux populaires
Les actions de prévention de l'analphabétisme doivent «favoriser l'appropriation de l'écrit parmi les familles des milieux populaires dans un contexte réel de communication. Toute action de prévention doit se traduire par des interventions à long terme, centrées sur les enfants de 0 à 9 ans et leur famille, en partenariat, selon une approche systémique et en fonction du milieu social, culturel et économique54».
Les publics cibles
Le secteur de l'éducation des adultes a un rôle à jouer en matière de prévention de l'analphabétisme, et c'est principalement celui d'offrir une formation aux parents d'enfants âgés de 0 à 9 ans. La famille, surtout les parents et les adultes qui apportent des soins à l'enfant, peuvent faciliter l'éveil à la langue écrite chez les enfants et appuyer leurs apprentissages scolaires. Il est reconnu que la participation des parents ou celle d'autres membres de la famille est une condition essentielle à la réussite des activités, notamment parce que le parent est l'éducateur le plus influent et qu'il peut amener son enfant à appliquer ses connaissances et à maintenir ses acquis. De plus, il n'est pas souhaitable de couper les enfants de leur contexte social, familial et culturel. C'est dans la vie de tous les jours, à la maison et ailleurs, que la langue écrite prend toute sa signification et que les apprentissages se transforment en usages. Il est donc essentiel de soutenir les interventions éducatives des adultes, et celles des familles, en ce qui concerne le milieu éducatif des enfants, leur initiation à la lecture et à l'écriture et le soutien qui leur est accordé pendant leurs premiers apprentissages scolaires.
Les organismes s'occupant d'éducation des adultes proposent d'intervenir, en priorité, avant les apprentissages scolaires des enfants, c'est-à-dire avant que les premières difficultés n'apparaissent. Ainsi, à cause du manque de ressources actuel, ils souhaitent s'adresser d'abord aux familles ayant des enfants âgés de 0 à 5 ans. Mais ils prévoient ajouter rapidement celles ayant des enfants de 6 à 9 ans afin de soutenir les enfants dans leurs premiers apprentissages scolaires et les parents dans leur rôle de guides et d'intermédiaires dans ces apprentissages. Dès l'entrée à l'école, au premier cycle du primaire, se font les apprentissages de base liés à la lecture, à l'écriture et au calcul. Et c'est à ce moment que l'on peut dépister les premières difficultés. «C'est à partir des premières difficultés, des premières réussites et des actions posées par tous les acteurs et actrices éducatifs que prendra forme le parcours scolaire ultérieur55».
Contribuer au maintien des capacités de lecture et d'écriture des adultes des milieux populaires
Les actions de prévention de l'analphabétisme doivent assurer le maintien des capacités de lecture et d'écriture au travail, à la maison et ailleurs, pour que les adultes puissent être autonomes, exercer leur rôle social, conserver leur emploi, représenter des modèles de lecteurs et lectrices pour leurs enfants et continuer à apprendre dans un monde en constante évolution.
Les publics cibles
Les actions préventives pour le maintien des capacités de lecture et d'écriture devraient s'adresser à tous les adultes. Cependant, tous n'ont pas la même capacité de lecture et les mêmes occasions pour la mettre en pratique. Les adultes sans travail, ceux qui occupent des emplois dans des secteurs en perte de vitesse, leurs employeurs, les jeunes adultes qui n'ont pas obtenu leur diplôme, les parents de jeunes enfants et les immigrants peu scolarisés pourraient bénéficier en priorité de telles actions.
52. Sylvie ROY et autres. Prévention de lanalphabétisme à léducation des adultes : état de situation et réflexion, document de travail, Direction de la formation générale des adultes, Service dalphabétisation, ministère de lÉducation du Québec, 1995, p. 30.
53. Une consultation a eu lieu le 14 mai 1996 avec des représentants de la TREAQ, de L'EIA, du RGPAQ, du PROCEDE, du QLWG, des groupes d'alphabétisation populaire autonome et des commissions scolaires. Puis un groupe de travail réunissant des représentants des deux derniers groupes a été rencontré le 15 mai 1996 et le 31 janvier 1997. Il est possible d'obtenir le compte rendu des rencontres des 14 et 15 mai en s'adressant à la DFGA. Enfin, des recommandations ont suite à la rencontre du Comité consultatif de la DFGA, tenue le 18 juin 1996.
54. Sylvie ROY et autres. Prévention de lanalphabétisme à léducation des adultes : état de situation et réflexion, document de travail, Direction de la formation générale des adultes, Service dalphabétisation, ministère de lÉducation du Québec, 1995, p. 30.
55. Ibid. p. 31.