5.4 Le soutien des actions préventives
Il est important de soutenir les actions préventives en matière d'analphabétisme du secteur de l'éducation des adultes au moyen d'un financement stable et à long terme. Nombre de projets pilotes ont vu le jour au secteur de l'éducation des adultes, mais certains d'entre eux n'existent plus, par manque de financement stable. Pourtant, pour être efficaces, les actions doivent être menées à long terme. Il est donc nécessaire que le Ministère, la DFGA, la Direction responsable de la gestion des programmes PSAPA et PSEPA et les organismes appuient les actions préventives des groupes d'alphabétisation populaire autonome et des commissions scolaires en accordant une place à la prévention dans les services existants et en donnant accès à un financement stable et à long terme. Par exemple, dans les commissions scolaires, une formation sur les compétences parentales pourrait être offerte dans le cadre des services de formation à l'intégration sociale, dans le cadre des services complémentaires, des services d'éducation populaire ou des cours de développement personnel et social, puisque ces services s'occupent déjà de répondre aux besoins des parents peu scolarisés, analphabètes, ayant des difficultés d'adaptation ou à la recherche d'une plus grande autonomie.
On peut donner accès à l'ensemble des connaissances sur la prévention et rendre accessibles, par les moyens les plus efficaces - dont lnternet - , les approches, les outils, le matériel, les critères de réussite et les modèles d'évaluation définis. Le Ministère peut jouer un rôle important de soutien, en facilitant l'élaboration de contenus nouveaux, en donnant accès au savoir-faire des organismes ou en proposant les services de ses spécialistes. Dans le contexte actuel de restriction des ressources financières et humaines, il faut viser la complémentarité et la cohérence des services et des projets, et promouvoir des pratiques et des projets qui nécessitent peu de ressources. Les moyens simples et efficaces sont à privilégier.
Enfin, la prévention doit être une préoccupation partagée par tous les agents et agentes d'éducation, et le personnel enseignant aurait avantage à recevoir une formation continue sur le sujet. Le Ministère pourrait s'assurer qu'une formation sur la prévention de l'analphabétisme soit intégrée dans le programme de formation des enseignants et des enseignantes. La DFGA pourrait apporter un soutien et assurer une formation continue aux agents et aux agentes d'éducation.
5.5 Une collaboration avec le secteur des jeunes et d'autres ministères et organismes
Il importe d'encourager la collaboration entre le secteur de l'éducation des adultes et le secteur des jeunes afin que soient définies des actions préventives complémentaires et cohérentes, en fonction de la mission de chacun. Il est nécessaire que la DFGA joigne ses efforts à ceux des autres ministères et organismes en vue de travailler en concertation.
Les champs d'action de la DFGA en matière de prévention ont trait surtout à la formation des parents et des adultes ainsi qu'à la sensibilisation et à la promotion : un champ complémentaire à l'action du secteur des jeunes. Pour sa part, ce dernier a entrepris nombre d'actions préventives auprès des enfants et de leurs parents. La réforme actuelle ouvre la voie à des changements et à de nouvelles façons de faire pour atteindre plus efficacement les objectifs fixés par la ministre. Par exemple : le programme d'études du primaire est révisé afin d'accorder une place plus importante à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Le programme de l'éducation préscolaire est transformé et une préoccupation d'éveil à la langue écrite est ajoutée. Des mesures sont prises pour contrer le décrochage scolaire. Une place plus grande est accordée aux parents à l'école. Une politique de formation continue est en cours d'élaboration. Plusieurs actions innovatrices, cohérentes et concertées pourront être planifiées de façon à permettre de s'engager ensemble dans la voie de la prévention, tout en respectant la mission de chacun. L'éducation des adultes peut y contribuer dans son champ d'activité, soit la formation des adultes. La DFGA pourrait participer aux comités de travail sur la petite enfance, l'éducation préscolaire et la famille, afin de faire connaître ses travaux en matière de prévention de l'analphabétisme et définir avec les participants et participantes les actions à mener dans le cadre de la réforme actuelle ainsi que les responsabilités des acteurs et actrices.
De même, le secteur des jeunes et celui des adultes peuvent s'associer et mettre leurs ressources en commun pour concevoir et organiser de la formation sur les compétences parentales. Le premier peut, par exemple, s'assurer que des activités d'éveil à la langue écrite qui s'adressent aux enfants de 5 ans ou moins seront systématiquement intégrées aux programmes éducatifs le plus tôt possible. Il peut veiller à la formation des agents et des agentes d'éducation dans les garderies sur le sujet et concevoir du matériel pour informer les parents sur la manière d'initier les jeunes enfants à la langue écrite. Il peut également mettre les parents en contact avec des organismes qui offrent une formation ou même en proposer une sur les compétences parentales aux jeunes qui fréquentent l'école57. Ces cours visent à préparer les jeunes à leur futur rôle d'éducateurs.
Le Ministère doit s'associer avec les ministères et organismes des domaines social, familial, de la santé, de l'emploi, de la culture et des communications, afin de faire connaître ses travaux en matière de prévention de l'analphabétisme et de déterminer avec eux les actions à entreprendre en fonction de leur mission respective. Plusieurs autres ministères et organismes peuvent aussi contribuer à prévenir l'analphabétisme. On pense, entre autres, à la Direction de la santé publique, dont les projets d'intervention précoce engagent les parents et les enfants; au ministère de la Culture et des Communications, avec son projet de politique gouvernementale sur la lecture, à la politique familiale, aux travaux et recherches du Secrétariat à la famille ou aux services offerts par les municipalités et à la réflexion amorcée par les entreprises et le ministère de l'Emploi et de la solidarité sur la formation de la main-d'oeuvre. Ainsi, la prévention de l'analphabétisme pourrait devenir la préoccupation d'autres groupes et faire l'objet de politiques diverses.
Les services de garde, les organismes qui s'occupent d'intervention précoce et les bibliothèques peuvent ajouter à leur programme des activités d'éveil à la langue écrite et sensibiliser les parents et les adultes à l'importance des pratiques de lecture et d'écriture dans nos sociétés. Le ministère de l'Emploi et de la Solidarité peut, quant à lui, encourager les prestataires de la sécurité du revenu à suivre une formation sur les compétences parentales, par exemple en considérant ce type d'activité de la même façon que les cours de rattrapage scolaire. Les bibliothèques peuvent rendre les livres accessibles aux milieux populaires en animant, par exemple, des ateliers dans des lieux publics (salles d'attente des cabinets de médecins, parcs, etc.) avec des organismes qui s'intéressent aux familles. Enfin, le monde du travail doit se préoccuper des compétences de base des travailleurs et des travailleuses, et faire en sorte qu'ils puissent exercer leurs capacités et avoir accès à une formation continue.
Les projets de prévention au secteur de l'éducation des adultes et au secteur des jeunes, particulièrement ceux qui rassemblent plusieurs partenaires, peuvent être une source d'inspiration lorsqu'il s'agit de définir des moyens d'intervention avec les autres ministères et organismes.
57. Certains pays, dont l'Italie, offrent une formation sur le développement des enfants et sur les compétences parentales aux élèves du secondaire. Il serait pertinent de s'interroger sur l'efficacité de tels programmes et la pertinence de s'en inspirer; voir : Bernard TERISSE et Gérald BOUTIN. La famille et l'éducation de l'enfant, Les Éditions logiques, 1994, p. 358.