Projets réalisés dans le cadre du programme La culture à l’école
Raccrocher par l’« Identité »
Marie-Josée Lépine
Par centaines, les photos s’assemblent : la large fresque « Identité » de l’école secondaire Henri-Bourassa prend forme. Témoin de la pluralité multiethnique de cette école de Montréal-Nord, elle représente aussi le résultat d’un intense travail d’apprentissage et de recherche identitaire pour les jeunes. Guidés par les artistes Patrick Dionne et Miki Gingras, des élèves en difficulté trouvent la motivation de poursuivre leurs études.
En novembre 2009, le projet est lancé. Pendant trois mois, les artistes élisent domicile à l’école. Dans une classe d’une trentaine de jeunes de 14 à 15 ans en prolongation de cycle ou dans leur studio temporaire créé pour l’occasion, ils travaillent en collaboration avec Maryse Maréchal et Johanne Renaud, toutes deux enseignantes de français de ce groupe.
Dès lors, le projet connaît plusieurs phases et comprend de nombreuses activités multidisciplinaires. Non seulement les jeunes sont initiés à la camera obscura (l’expression la plus simple de l’appareil photographique) et au développement de photos en chambre noire, mais ils sont aussi sensibilisés à l’engagement social des artistes qui, ici ou en Amérique latine, font de la photo un outil d’accompagnement pour les groupes marginalisés.
L’intérêt des jeunes est grand et les apprentissages sont facilités. Les enseignants collaborent ensemble et utilisent le projet de murale identitaire comme élément déclencheur. Par exemple, en science, le principe physique de la lumière est étudié; en français, un manifeste et des poèmes qui accompagneront l’œuvre photographique sont rédigés; en éthique et culture religieuse, la question de l’identité est approfondie.
« Nous voulions amener les élèves à parler d’eux, de ce qui les représente, de leur personnalité propre et de leur identité au cœur de l’école », explique Mme Maréchal, coresponsable du projet. « Ces élèves vivent des difficultés personnelles et scolaires. Nous voulions trouver une raison pour eux de venir à l’école; nous devions les amener à raccrocher ».
Des clichés d’identité
Pour la dernière phase du projet, en vue de la création de la murale qui sera exposée en avril 2010 à la Maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord, des clichés en sténopé sont pris par les artistes. Dans cette polyvalente de plus de 2000 élèves, le studio temporaire et son long tissu vert retenu au mur ont tôt fait d’attiser la curiosité. Concierge, psychologue, membre de la direction d’école, élèves de toutes les classes, enseignantes et enseignants : ce sont 700 personnes qui décident de se prêter au jeu.
Pour représenter leur identité culturelle ou personnelle, les uns et les autres apportent un objet ou adoptent une pose qui leur correspond. Zoltan Mohacsi, un jeune originaire d’Hongrie, décide d’apporter ses gants de boxe. « J’ai montré ce que j’aime le plus dans la vie, reconnaît-il. J’ai appris beaucoup de choses dans ce projet… Peu importe qui on est, on n’a pas besoin d’avoir peur de son identité ».
« Aller en studio, remarque Mme Maréchal, c’était toujours un moment d’échange où les jeunes allaient un peu se confier. Les artistes leur demandaient pourquoi ils avaient décidé de venir en studio, pourquoi ils avaient amené tel ou tel objet, s’ils étaient bien à l’école ». En plus de consolider la prise de conscience identitaire chez le modèle, cet exercice a eu pour impact de renforcer le lien de confiance existant.
L’identité pour s’orienter
En apprenant à mieux se connaître, les jeunes en difficulté ont aussi réfléchi à leur avenir en développant leurs forces au cours de ce projet. Aujourd’hui, certains sont en 3e secondaire et d’autres se dirigent vers une voie professionnelle. Persuadée que ce projet a contribué à la rétention et à l’orientation des élèves au cours d’une année difficile pour eux, Mme Maréchal conclut : « Les élèves ont développé une attitude positive par rapport à l’école, car l’école a développé une attitude positive par rapport à eux ».
Et les jeunes?
Pour le vernissage, les jeunes ont pris l’initiative de remettre un livre de témoignages aux artistes. Qu’il s’agisse d’un dessin ou d’un texte, tous ont tenu à leur faire part d’un remerciement personnel.
Pour Zoltan comme pour tant d’autres élèves, « Identité » a modifié sa perception de l’école et lui a inspiré un sentiment d’accomplissement. « Je suis chanceux d’avoir travaillé à ce projet avec Patrick et Miki, souligne-t-il. Ça me motivait d’aller chaque jour à mon cours de français. En début d’année, c’était vraiment difficile pour moi et j’ai réalisé à quel point j’avais du monde fantastique pour m’aider, à quel point les professeurs étaient là pour moi, pour me soutenir dans tout ce que j’entreprenais. Je me suis repris en main et j’ai vu que tout était possible ».
Ce projet a été rendu possible grâce au programme Libres comme l’art du Conseil des arts de Montréal, à la Conférence régionale des élus de Montréal et au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport. La fresque de deux mètres sur quatre est aujourd’hui installée de manière permanente dans le tout nouveau café culturel de l’école. Elle est un rappel quotidien que chacun, sans égard à ses origines, à sa religion ou à ses champs d’intérêt, peut trouver, entre les murs de l’école, à se développer et à se dépasser.


