Monde contemporain
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INTRO
Gérard Kouassi :
Je suis ivoirien. Quand je pense que je n'ai aucun souci à porter mes enfants à l'école alors que, depuis bientôt un mois, les enfants en Côte d'Ivoire, à Abidjan, ne vont pas à l'école. Quand je pense que pour aller magasiner au supermarché, moi je le fais sans souci et que, de l'autre côté, non loin de mon habitation, il y a pratiquement un obus qui est tombé dans la chambre. Il y a des moments où je me pose la question : Où est-ce que je suis, en fait?
Prof (classe) :
« Sur la même fréquence », c'est le thème général de la culture à l'école. Et dans le thème sur la même fréquence, pourquoi je vous parle des réseaux? Pourquoi je vous parle des diasporas?
Élève :
Diaspora, c'est une communauté de personnes qui sont toujours ensemble, qui s'échangent entre eux leur culture et tout ça.
Prof (classe) :
Qui sont toujours ensemble. Mais, ils sont toujours au même endroit?
Élève :
Non, pas obligatoirement.
Prof (classe) :
Dans notre programme Monde Contemporain, sous le thème Population, on va aller le regarder sur le thème de la même fréquence.
Prof (entrevue) :
Il a été décidé que ce serait autour d'une émission de radio. Le fait de pouvoir mener des entrevues avec des gens de différentes communautés permettait d'aller vers une ouverture des élèves. Ça fait partie des objectifs du programme dans les finalités, en fait.
Prof (classe) :
Est-ce que vous pensez que les gens, les Sherbrookois, que nous allons interviewer, ils vibrent avec nous, ils sont sur notre fréquence? Mais, est-ce que vous pensez qu'ils perdent la fréquence de leur pays d'origine?
Élève :
Je voulais vous demander comment vous arrivez à garder le rythme en restant ici, au Québec, en ayant une partie de votre cœur en Côte d'Ivoire. Comment vous arrivez à garder le rythme, rester sur la même fréquence, dans le fond?
Gérard Kouassi, ivoirien
Au moment où je vous parle, je suis en train de penser à ce que je viens de manquer si j'étais sur Internet, si j'étais resté chez moi.
Radhoune Nasmoudi, d'origine tunisienne :
Faire la lecture de plusieurs sites, non seulement tunisiens, mais, des fois, il y a la chaîne Al Jazira.
Nesrine Alskeik, jordanienne :
On s'appelle régulièrement. Donc, on se parle. On se voit par Skype.
Pierre-Jean Cano, artiste invité (classe) :
Alors, moi, c'est Pierre-Jean Cano. Je fais des émissions de radio depuis 30 ans avec des gens... Il y a vous, l'interviewé et la troisième personne qui se cache en arrière, qui écoute. Et elle, c'est elle qui juge. Moi, je pense que ce qui est important, c'est que dans l'entrevue, vous soyez capable de faire parler votre invité et qu’il sente qu'il est à l'aise avec vous.
Élève :
Qu'est-ce que vous pensez du printemps arabe?
Zohra Dermoun, algérienne :
Là, je vais dire : c'est la plus belle chose qui puisse arriver en 2011.
P.-J. Cano (classe) :
Il va falloir que vous connaissiez un petit peu le sujet de votre invité. Vous êtes capables de naviguer sur Internet.
Prof :
C'est quoi déjà votre pays, vous?
Élève :
Jordanie.
Élève 1 :
Le lien avec votre famille, est-ce toujours aussi soudé que lorsque vous viviez auprès d'eux?
Élève 2 :
Dans le fond, s'il répond oui, il faudrait marquer de quoi, comme qu'est-ce qui les rattache encore à eux? Ou comment vous faites le lien si vous leur parlez encore autant?
Élève 1 :
Les moyens qu'ils ont utilisés.
Élève 2 :
Oui, sinon on pourrait demander si la distance avait un impact ou bien si c'est un choix personnel.
Élève 1 :
Comment il se sent là-dedans?
Élève 2 :
Oui.
Élève 3 :
Quand lui, il était là-bas, s’il avait vécu des... là, il y a des manifestations. S’il a vécu ça lui aussi... ou si c'est arrivé juste quand il était ici.
Élève (entrevue) :
On suivait beaucoup l'actualité comme ce qui se passait, les problèmes économiques, politiques comme il se passait en Tunisie. Qu'est-ce qui se passait en Égypte, en Côte d'Ivoire? Qu'est-ce qui se passait là-bas, les turbulences?
Élève 4 :
Comment il trouve? C'est quoi son parti? Est-ce qu'il est pour Laurent Bagbo ou bien l'autre?
Élève 4 :
Vous êtes de quel parti? Pour celui qui est supposé partir ou le nouveau venu? Entre vous et moi...
Gérard Kouassi, ivoirien :
Oui, merci beaucoup Landri. Au regard de la... de la gravité de la situation, je pense que mon parti à moi, c'est la Côte d'Ivoire. Pour les élections, je soutenais le président qui a été élu et reconnu par la communauté internationale, c'est-à-dire le président Alasam Woutara.
Prof (narration) :
Les repères culturels du programme Monde contemporain ont été touchés de différentes façons. Chaque jeune a été soumis, dans le fond... ben...pas soumis, mais a été en contact ou a appris sur différents aspects culturels. Il y a des élèves qui ont questionné sur la nourriture ou des immigrants qui ont parlé de ça. Au niveau du rapport climat, comment on s'adapte au climat, au niveau des mentalités, de l'ouverture, des valeurs démocratiques...
P.-J. Cano (classe avec élève) :
C'est là, ici, sa réplique. Va direct là et efface le reste.
Élève :
En arrivant ici, ça a été un gros changement en termes de système politique?
Nesrine Alskeik :
Oui, mais là, quand même, ça, je le savais. Donc, si on a fait notre choix d'élever nos enfants au Québec, c'est surtout parce qu'ils auront pas à se battre pour acquérir ce droit, donc ce droit de vote ou le droit d'exprimer leurs opinions librement.
Zohra Dermoun :
Je vous donne un petit exemple. Au bout de cinq mois, je n'ai vu que deux fois la police. Je n'ai vu que deux fois la police. Tout marche. Tu vas à l'administration, c'est comme euh... tout marche. Tu vas au supermarché, tout marche. J'aurais aimé que ça soit la même chose dans nos pays mais, malheureusement, c'est pour ça que les gens se sont révoltés. Ça fait mal. Je suis là et j'ai toujours une pensée pour cette jeunesse qui est là-bas... parce que si c'était à ma place, je les aurais tous ramenés ici. Je laisse le pays aux... j'utilise pas le terme...
Prof (narration) :
Moi, ce que j'ai bien aimé ici, c'est vraiment les élèves dans la construction de leur compréhension des différentes choses qui étaient devant eux. C'est eux qui allaient chercher des repères culturels.
Élève :
En tant que jordanienne et algérienne, est-ce que vous vous regroupez avec des personnes de vos origines aussi?
Nesrine Alskeik :
Faut pas se laisser trop aller par cette nostalgie quand on arrive dans un pays étranger. Il faut connaître aussi les gens de ce pays pour les fréquenter, voir comment ils vivent, c'est quoi leur vie finalement. Parce que ça sert à rien vraiment, si je me déplace... La Jordanie, pour vivre, comme si j'étais encore en Jordanie. C'est comme si j'avais traversé l'Atlantique pour rien finalement.
Prof (narration) :
Je crois qu'ils ont connu des moments d'humanité intéressants et au niveau de l'empathie aussi qui, à mon sens, est le plus beau sentiment humain. Je crois que les élèves ont été énormément touchés, presque les larmes aux yeux. Alors, pour moi, ça, ça vaut plus que de l'expliquer, de dire que je connais quelqu'un qui connaît quelqu'un.
Élève :
Si les conditions de vie redevenaient très bonnes dans votre pays, seriez-vous prêts à y retourner avec votre famille?
Zohra Dermoune :
Je saurais pas te répondre, Alexandre. Je saurais pas parce que, là, déjà, mes enfants, au bout de dix jours, le plus jeune, il a épousé l'accent québécois. Donc, ça y est pour moi, ma vie, je l'ai faite. Là, c'est une continuité. Je vais accompagner mes enfants. Mais, ma vie, c'est avec mes enfants. Là, pour mes enfants, j'ai choisi le Québec. C'est seulement pour les études, le système scolaire, tout ça. C'est ça qui m'a motivée et je veux pas... je peux pas te répondre... Peut-être quand je serai vieille, 70 ans ou bien 80 ans, je vais ajouter 10 ans.
Élève :
Dans le cours Monde contemporain, on parle souvent de politique actuelle et, en ce moment, c'est récent comme événement. Ça a un gros lien avec le cours et c’est intéressant. C'est quelque chose qui se passe en ce moment.
Élève :
On était vraiment dans le sujet.
Élève :
Depuis que vous êtes au Québec, qu'est-ce qui vous manque le plus de votre pays d'origine?
Radhoune Nasmoudi :
Ce qui me manque des fois, c'est la plage. C'est le climat... un peu...la nourriture. Je prépare beaucoup de mets tunisiens ici donc, on est choyés. Les ingrédients existaient ici.
Juan Manuel Chavarin Duran :
"..." en espagnol
Radhoune Nasmoudi
"..." en arabe
Nesrine Alskeik :
On fait des enfants et moi, je suis très sensibilisée parce que là, je porte un enfant. Donc, on fait un enfant. On l'élève et, un jour, il décide de partir au loin. Puis, on lui dit bonne chance. Donc, là, j'ai envie de leur dire : tout va bien.
P.-J. Cano :
Pouvez-vous le dire en jordanien?
Nesrine :
"..." en jordanien
Élève 1 :
Bonne chance pour votre vie au Québec.
Élève 2 :
Et bonne chance pour le bébé aussi.
Nesrine :
Merci.
Zohra Dermoune :
"..." en arabe. C'est une citation d'un philosophe grec. Donc, derrière chaque homme célèbre, il y a une femme.